Les funérailles

Renseignements pratiques

Il restera de toi
Ce que tu as donné
au lieu de le garder
Dans des coffres rouillés.
Il restera de toi
De ton jardin secret 
une fleur oubliée 
qui ne s'est pas fanée.
Ce que tu as donn
En d'autres fleurira.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.
Il restera de toi
Ce que tu as chanté
A celui qui passait
Sur son chemin désert.
Il restera de toi
Une brise du soir
Un refrain dans le noir
Jusqu'au bout de l'hiver.
Ce que tu as chante
En d'autres jaillira.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.
Il restera de toi
Ce que tu as offert
Entre tes bras ouverts
Un matin de soleil.
Il restera de toi
Ce que tu as perdu
Que tu as attendu
Plus loin que tes réveils.
Ce que tu as offert
En d'autres revivra.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.
Il restera de toi
Une larme tombée
Un sourire germé
Sur les yeux de ton cœur.
Il restera de toi
Ce que tu as semé
Que tu as partagé
Aux mendiants du bonheur
Ce que tu as seme
En d'autres germera.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

Quand je partirai

Maintenant que je suis parti, laissez-moi aller
Même s'il me restait encore des choses à voir et à faire.
Ma route ne s'arrête pas ici.
Ne vous attachez pas à moi à travers vos larmes.
Soyez heureux de toutes les années passées ensemble.
Je vous ai donné mon amour,
Et vous pouvez seulement deviner combien de bonheur vous m'avez apporté.
Je vous remercie pour l'amour que vous m'avez témoigné
Mais il est temps maintenant que je poursuite ma route.
Pleurez-moi quelques temps, si pleurer il vous faut.
Et ensuite, laissez votre peine se transformer en joie
Car c'est pour un moment seulement que nous nous séparons
Bénissez donc les souvenirs qui sont dans votre cœur.
Je ne serai pas très loin, car la vie se poursuit
Si vous avez besoin de moi, appelez-moi, je viendrai
Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher.
Je serai près de vous.
Et si vous écoutez avec votre cœur,
Vous percevrez tout mon amour autour de vous dans sa douceur et sa clarté. 
Et puis, quand vous viendrez à votre tour par ici,
Je vous accueillerai avec le sourire
Et je vous dirai: « bienvenue chez nous».


Tu peux pleurer son départ ou...

Tu peux pleurer son départ
   Ou tu peux sourire parce qu'elle a vécu
Tu peux fermer les yeux et prier pour qu'elle revienne
   Ou ouvrir les yeux et voir qu'elle est partie
Ton cœur peut être vide de ne plus la voir
   Ou il peut être rempli de l'amour qu'elle a partagé
Tu peux tourner le dos à demain et vivre le passé
   Ou tu peux être heureux pour demain à cause du passé
Tu peux te souvenir d'elle et seulement qu'elle n'est plus
   Ou tu peux chérir sa mémoire et la laisser vivre
Tu peux pleurer et te renfermer, être vide et tourner le dos
   Ou tu peux faire ce qu'elle aurait voulu, sourire, ouvrir les yeux, aimer et aller de l'avant.

 


Passage vers le plein soleil.

La mort est une chance, celle d’un recommencement.

Celui qui cherche des détails concrets sur l’au-delà sera déçu. La foi ne nous donne pas des renseignements précis, mais une solide espérance. Voilà ce qui devrait suffire à nous faire vivre.

Le mystère de la fleur, c'est le fruit qu'elle deviendra. Le mystère de l'homme, c'est le Royaume. Si nous devions continuer éternellement à vivre la vie que nous menons ici-bas, avec toutes ses limites (corporelles, psychologiques, morales ou spirituelles), nous serions condamnés à une existence qui manque de grandeur.

Regardez la chenille: elle s'enferme dans la chrysalide comme dans un tombeau, mais cette enveloppe finit par se déchirer et le papillon s'envole.

Comme un enfant dans le ventre de sa mère, nous sommes en attente d’enfantement de nous-mêmes. L’enfant ne sait rien de ce qui va se passer après la naissance. Mais déjà il entend les voix qui l’environnent.

La psychologue Françoise Dolto racontait que pendant les bombardements de la dernière guerre, elle sentait son enfant se recroqueviller dans son ventre. Alors, elle lui parlait pour l’apaiser et elle sentait l’enfant se détendre. N'est-ce pas cela, l’espérance : entendre Dieu qui nous dit « Ne crains pas ! La mort est un passage vers le plein soleil ?»

Sourciers d’éternité

La foi ne nous dit pas grand-chose sur l'au-delà, mais elle nous fait entendre une voix qui murmure: "N'aie pas peur, c'est bon pour toi l’éternité » L’éternité est un accomplissement: j’atteins à ce que j'ai poursuivi.

Le fruit n'est pas la récompense de la fleur, comme si quelqu'un venait pendre une pomme là où il y avait une fleur. Le fruit est la fleur qui a accepté de se faner, de perdre ses pétales. L’éternité est le fruit mûr de la fleur qui s'ouvre dans le temps comme Pâques est le fruit mûr de la croix.

Aujourd'hui, tout est en germe, mais dans le Royaume, nous fêterons la récolte.

Le meilleur de nous-mêmes n'est pas promis au néant, mais à l’accomplissement. La mort est une déchirure, et les larmes nous le rappellent. Mais il y a une continuité profonde. Il y a en nous des choses qui passeront la mort comme dans la fleur, le fruit mérite la récolte. En Dieu, tout geste de bonté trouve une mémoire éternelle. Il ne sera jamais dit que nous avons aimé en vain!

Les sourciers ne voient pas la source, mais là où il y en a une, ils sentent la baguette de coudrier vibrer ! Nous sommes aussi capables de sentir en nous ce qui vibre à l’éternité. Et c'est là que nous devons engager notre vie.

Père Charles Delhez


A propos de la célébration des funérailles

Lettre du chanoine LECLERC

" A ceux qui voudront bien s'occuper de m'enterrer, je crois utile de mettre ces quelques notes par écrit, d'abord pour remercier ceux qui voudront bien s'occuper de m'enterrer, parce qu'ils feront pure oeuvre de charité.
En effet, je n'ai pas de milieu naturel familial ou professionnel qui ait à s'en occuper spontanément : je suis un hermite, c'est à dire que je n'ai pas de milieu.
En fait je sais qu'on s'occupera de moi, mais c'est parce qu'il y a de braves gens.  Avant de mourir,  je tiens à l'avance à leur exprimer ma reconnaissance.
Je vais aussi leur expliquer quelques voeux qui ne prétendent pas leur imposer ma volonté - le mort est parti, il n'a plus rien à dire ! - destinés à les mettre à l'aise en se permettant de se référer à moi s'ils prennent certaines initiatives qui en surprendront quelques-uns .

Quand on meurt, ON EST EN DIEU.
... et nous savons que Dieu nous aime plus que n'importe qui.  Il est donc absurde de prier Dieu pour un homme comme si on croyait que les bons sentiments qu'on a soi-même allaient fléchir sa sévérité.  La prière pour les morts est pleine d'incohérences : on croit Dieu Tout Puissant et on le croit Bon, on le prie parce qu'on a confiance en Lui ...  et en même temps on se défie, on désire des garanties, on cherche à Le fléchir : on se conduit comme si on aimait le mort mieux que Lui !
D'autre part, aussitôt mort, on est en Lui, on est en Dieu fixé pour l'éternité.  Plus aucune prière n'a de sens après la mort ; la seule attitude concevable est de se réjouit AVEC le mort de ce qu'il soit en Dieu.
L'ensemble des funérailles c'est donc pour les vivants !
En ce qui me concerne ... je souhaite qu'on m'enterre le plus simplement possible ; une messe est inutile, mon sort est déjà réglé.  On dira des prières qui feront plaisir aux vivants.  ... Dans  la mesure où on désire célébrer la messe à mes funérailles, je désire que ce soit une messe joyeuse ... une messe qui célèbre la joie des élus devant le Très Haut - et en tout cas je désire qu'on évite dans les funérailles tout appareil funèbre.
Cependant il y a aussi dans les funérailles un appareil social et notamment un revenu pour le clergé paroissial ! Si mon légataire universel a suffisamment d'argent, je lui saurais gré de donner vint-cinq euros au curé de la paroisse à charge de réciter un "Notre Père" d'action de grâce pour moi."

Testament écrit le 6 septembre 1967


QUAND VOUS SAUREZ QUE JE SUIS MORT...

Quand vous saurez que je suis mort
Ce sera un jour ordinaire
Peut-être il fera beau dehors
Les moineaux ne vont pas se taire

Rien ne sera vraiment changé
Les passants seront de passage
Le pain sera bon à manger
Le vin versé pour le partage

La rue ira dans l'autre rue
Les affaires iront aux affaires
Les journaux frais seront parus
Et la télé sous somnifères

Suite à l'incident du métro
Vous prendrez les correspondances
En courant les couloirs au trot
Chacun ira tenter sa chance

Pour moi le spectacle est fini
La pièce était fort bien écrite
Le paradis fort bien garni
Des exclus de la réussite

Pour moi je sortirai de scène
Passant par le côté jardin
Côté Prévert et rue de Seine
Côté poète et baladin

 

Merci des applaudissements
Mon rôle m'allait à merveille
Moi je m'en vais, tout simplement
Un jour nouveau pour moi s'éveille

Vous croirez tous que je suis mort
Quand mes vieux poumons rendront l'âme
Moi je vous dis: vous avez tort
C'est du bois mort que naît la flamme

N'allez donc pas dorénavant
Me rechercher au cimetière
Je suis déjà passé devant
Je viens de passer la frontière

Le soleil a son beau chapeau
La Paix a mis sa belle robe
La Justice a changé de peau
Et Dieu est là dans ses vignobles

Je suis passé dans l'avenir
Ne restez pas dans vos tristesses
Enfermés dans vos souvenirs
Souriez plutôt de tendresse

Si l'on vous dit que je suis mort
Surtout n'allez donc pas le croire
Cherchez un vin qui ait du corps
Et avec vous j'irai le boire. . .

 

Jean Debruynne