Quelques textes de réflexion sur l'Eucharistie


Eucharistie  par P. de Locht  <>  Qui mange ma chair ... par Gérard Bruyr <>  Je suis le pain vivant  par  Léon Paillot  <>  Vision de l'Eucharistie  par Gérard Fourez  <>  

Prions !

Seigneur notre Dieu,
il nous est bon de te rendre grâce.
Car la victoire à laquelle tu nous convies, avec l’humanité entière,
ne repose en rien sur la force et la violence,
mais sur la justice, l’humilité et la fraternité entre nous.

Le roi que tu nous envoies est monté sur le petit d’une ânesse.
Il ne chevauche pas le destrier du triomphateur,
que nous rêverions peut-être d’acclamer,
qui réglerait tous nos problèmes et comblerait nos aspirations
par la toute-puissance de ses interventions.

Nous te remercions, Seigneur,
pour ton fils Jésus de Nazareth, cet homme, notre frère.

Il nous attire par son extrême proximité ;
il nous rebute aussi par les exigences qu’il formule,
le refus qu’il oppose à notre tendance à le voir,
autrement qu’il n’est, échappant aux contingences ordinaires,
glorieux comme nous le concevrions trop facilement.

Oui, il nous appelle hors du tombeau de nos illusions,
il nous relève d’entre les morts, comme son ami Lazare,
mais selon la voie qu’il a lui-même adoptée, en assumant,
jusqu’au bout, notre condition humaine, souffrante et mortelle.

Le premier, il nous a montré l’exemple :
au lieu de s’accrocher à la sécurité et aux avantages
que sa célébrité aurait pu lui conférer,
il a préféré perdre sa vie charnelle pour accomplir
la mission que tu lui avais confiée.

C’est pourquoi tu l’as glorifié en le ressuscitant d’entre les morts.
Et sa résurrection est aussi la nôtre,
pour autant que nous voulions le servir et marcher à sa suite.
Ainsi, là où il est, là serons-nous aussi.

Seigneur, nous te remercions de nous appeler,
par ton fils Jésus, à partager sa gloire qui est aussi la tienne,
toi, notre Dieu à tous depuis la création du monde.

Et maintenant, Seigneur, envoie sur nous ton Souffle saint,
que nous puissions partager fraternellement en vérité
ce pain et ce vin en mémoire de ton fils Jésus.
Que nous renoncions effectivement à la violence et à la force
et que nous pratiquions entre nous la justice et l’équité,
sans prétendre en imposer à quiconque,
puisque nous sommes tous , comme ton fils Jésus,
membres de la même humanité.
Ainsi serons-nous des grains de blé qui,
acceptant de tomber en terre et de mourir,
portent du fruit en abondance.
Ainsi participerons-nous, Seigneur,
de par le dynamisme de ton Souffle,
à la gloire et à la vie de ton fils Jésus.

A la veille d’être glorifié,
Jésus prit du pain,
il le donna à ses disciples et leur dit :
"Prenez et mangez-en tous,
ceci est mon corps, le grain de blé
tombé en terre pour porter du fruit en abondance.
Rassasiez-vous en et diffusez autour de vous
la vie, l’énergie et la joie que vous avez reçues
en marchant à ma suite."

De même, à la fin du repas,
Jésus prit la coupe de vin, il te rendit grâce, ô Père,
il la distribua à ses disciples en disant :
"Prenez et buvez-en tous,
Ceci est mon sang, celui de la nouvelle alliance
entre Dieu et les hommes,
que j’ai instaurée et que je vous révèle.
Réjouissez-vous et abreuvez-vous en toute liberté.
Ce vin deviendra en vous source jaillissante en vie éternelle."

Thierry S. (Eucharistie et épiclèse sur Zacharie 9,9-10 et Jean 12,12-26.)


Profession de foi dans la logique évangélique

Je mets ma confiance en Jésus de Nazareth,

Cet homme admirable qui avait de la compassion pour ceux qui n’en pouvaient plus, il guérissait les malades, il délivrait les personnes de leurs démons intérieurs, il réintégrait les exclus, il rendait à chacun confiance et dignité.
Par sa parole et par l’engagement de toute sa vie, il révélait le visage de Dieu, il annonçait son Règne et commençait à lui donner corps.
Il s’est heurté aux intérêts des puissants, à l’orgueil de ceux qui se prétendaient justes, mais il n’a pas voulu abandonner, ni la mission qu’il recevait du Père, ni ceux qui lui faisaient confiance.
Les autorités de son peuple l’ont condamné, et il est mort crucifié, en solidarité avec toutes les victimes de l’injustice et de la violence.
Dieu ne l’a pas abandonné.
Au-delà de la mort, ses disciples ont fait l’expérience de sa présence invisible, ils ont compris qu’il était de Dieu d’une manière unique, et j’attends, avec eux, le jour de son retour glorieux.

Je mets ma confiance en ce Dieu que Jésus a révélé.

Il l’appelait « Père », et nous a appris à le prier à notre tour en l’appelant " Notre  Père ".
Dieu généreux, il fait luire le soleil sur les justes et les injustes et offre à tous le bonheur du Royaume.
Dieu de l’Alliance, il nous invite à vivre en union avec Lui et avec tous nos frères humains.

Je mets ma confiance dans l’Esprit Saint, que Jésus nous a promis.

C’est le Souffle du Créateur, c’est le Feu d’amour qui animait Jésus, c’est la Force intérieure qui nous apprend à vivre les uns pour les autres avec respect et souci du service mutuel.

Je mets ma confiance dans une Église qui rassemble tous les disciples de Jésus en une multitude de communautés de toutes les couleurs.

Animée par cet Esprit qu’elle a reçu du Père et du Fils, elle est appelée à porter l’Évangile libérateur comme avenir de l’humanité, et à vivre déjà, autant qu’elle le peut, l’utopie du Royaume.

Auteur non signalé.


Démarche oecuménique vers une Profession de foi

* Comme tous nos frères et sœurs en humanité, non-croyants ou de conviction laïque, nous confessons que les droits de l'homme, de la femme et de l'enfant sont inaliénables.

* Comme nos frères et sœurs bouddhistes, nous confessons que la réalité ultime est inexprimable.
Et dans la différence nous confessons que l'inexprimable s'est exprimé et que l'invisible a pris visage.

* Comme nos frères et sœurs hindous, nous confessons que Dieu est l'Un indescriptible.
Et dans la différence nous confessons que son unité est multiple et que le monde multiple ne se résorbe pas dans l'Un. 

* Comme nos frères et sœurs musulmans, nous confessons que Dieu est le Tout-puissant, le parfait, l'immortel.
Et dans la différence, nous confessons que le Tout-puissant a accepté d'être fragile, que le parfait a porté nos imperfections et que l'immortel, par la mort et la résurrection de Jésus, a transfiguré notre mortalité.

* Comme nos frères et sœurs juifs, nous confessons que Dieu est le créateur de l'univers, qu'il est saint et veut faire alliance avec l'humanité.
Et dans la différence, nous confessons que le créateur s'est fait créature, que le saint s'est incarné et que l'Alliance a été scellée en Christ.

* Comme tous nos frères et sœurs chrétiens, nous confessons que le Dieu unique est Père, au-delà de tout et de tous, Fils, s'approchant de tout et de tous et Saint-Esprit au­dedans de tout et de tous. 
Nous confessons que le Dieu trois fois saint, tout autre et tout proche, est mystère de communication et de relationnel, de justice et de tendresse.


DONNE-NOUS TON SOUFFLE

Donne-nous, Seigneur, des yeux pour voir, un cœur pour aimer et du souffle.
En Te demandant des yeux pour voir, nous Te prions de nous donner Tes yeux, pour voir comme Tu vois le monde et les hommes.
Donne-nous de correspondre à Ta pensée jour après jour et heure après heure.
Fais-nous adopter Ton point de vue, Ton optique, rends-nous docile à Ta parole qui éclaire et qui transforme toute vie.
Donne-nous un cœur pour aimer, un cœur de chair et non un cœur de pierre, afin d'aimer Dieu et les hommes.
Donne-nous Ton cœur pour aimer notre Père, donne-nous Ton cœur pour aimer Tes frères, qui sont aussi les nôtres.
Donne-nous Ton cœur pour aimer aussi ceux que nous côtoyons sur la terre et qui nous bousculent parfois, le sachant ou non.
Et donne-nous du souffle, ... pour ne pas nous essouffler en route.
Donne-nous du souffle pour nous aider à avancer vers demain, sans regarder en arrière, ni mesurer l'effort.
Donne-nous du souffle, ou plutôt Ton souffle, CELUI que Tu nous a envoyé de la part de Ton Père.
TON ESPRIT qui souffle où il veut.
Donne-nous Ton souffle, pour nous souffler la vrais prière, celle qui monte vers toi, en nous.
Seigneur, donne-nous TON souffle, pour que le monde reconnaisse les chrétiens à leur regard serein, à la chaleur de leur cœur, à la joyeuse espérance.

Cardinal Suenens.


CHRETIENS DANSEURS

L'Évangile nous fait-il danser?
Parce que vous en êtes conscients,
être chrétien, c'est danser
sur la musique de l'Évangile.

Les chrétiens-danseurs inventent
des mouvements d'accueil
où personne n'est repoussé
pour quelque faute que ce soit.

Ils créent
des rythmes de joie
qui suscitent le désir de vivre
et font résonner le bonheur
offert a tous, sans distinction.

Ils imaginent
des trajectoires de solidarité
qui passent en tout lieu
où souffrent des frères et sœurs.

Ils improvisent
des figures nouvelles
afin d'annoncer le Christ aux vivants
de tout temps et de toute culture.

Des chrétiens-danseurs
jouant de toutes leurs capacités
l’Évangile du Christ pour aujourd'hui:
Quelle musique!


Prière pour la Pentecôte

A tous les "puissants" donne l'esprit d'humilité.
A tous les "solitaires" donne l'esprit relationnel.
A tous les "radins" donne l'esprit de largesse.
A tous les "coincés" donne l'esprit d'ouverture.
A tous les "vieux" donne l'esprit de jeunesse.
A tous les "jeunes" donne l'esprit de sagesse.
A tous les "tordus" donne l'esprit de droiture.
A tous les "exclus" donne l'esprit d'intégration.
A tous les "paumés" donne l'esprit d'orientation.
A tous les "pressés" donne l'esprit de patience.
A tous les "agités" donne l'esprit de quiétude.
A tous les "fanatiques" donne l'esprit de tolérance.
A tous les "mal-aimés" donne l' esprit d'amour.
A moi, qui suis parfois coincé, tordu, pressé,
   paumé, vieux, radin, fanatique...
   donne ton Esprit, souffle de vie.

Invitation

Croire que la danse est plus forte que la paralysie de l'angoisse,
Croire que tous les mauvais esprits qui hantent l'humanité peuvent être réduits à néant,
Croire que la chasse à la mort est possible,
Croire que la réalité n'est pas forcément celle que l'on voit,
Croire que Dieu traîne sur les pavés tortueux du monde,
Posséder l’extrême lucidité qui discerne, au cœur des ténèbres et des toiles d'araignées, la petite lumière susceptible d'éclairer toute la maison,
Croire me pousse à l'audace de la Fête!

Viens ma sœur, viens mon frère, on va faire un coup d'audace! On ne va pas faire semblant d'éliminer l'angoisse et les cris de la réalité, mais on va y semer des graines de folie. Et, tu le sais, si les graines meurent...
Viens on va chanter la folie incurable de Dieu persistant à se laisser clouer sans arrêt sur toutes les croix humaines!
Viens on va chanter la folie incurable de l'homme persistant à émerger sans arrêt de ses marécages !
Viens on va sonner les matines pour la foi et l'amour!
Viens ma sœur, viens mon frère, on va faire une folie : on va saisir la Fête. On va rouvrir pour que chacun se serve à pleines mains et à plein cœur.
Viens, nous ne connaîtrons plus le repos : nous serons jetés dehors, là ou les hommes vivent, luttent, aiment, meurent pour y crier que l'espérance à jamais reste chevillée à la terre !


Chanson de paix

Si tu sais regarder tout homme avec amour,
Accueillir l'étranger comme un frère, un ami,
Combattre avec les pauvres et tous les opprimés,
Créer des liens plus forts que la race et le sang...
Si tu sais te réjouir avec celui qui chante
Et partager la peine avec celui qui pleure
Si, partageant ton pain, tu y joins ton sourire,
Et en ouvrant tes bras, tu donnes aussi ton cœur ...
Si tu ne crois pas que l'homme est un loup pour l'homme,
Dominé par la crainte, écrasé par la peur,
Et si tu restes sourd aux chants des "va-t-en-guerre",
Attaquant les premiers, se croyant agressés ...
Si, pour bâtir la paix, tu refuses de suivre
Ceux qui œuvrent sans cesse à préparer la guerre
Et qui clament bien fort "légitime défense",
Ou qui ont pour devise "œil pour œil, dent pour dent"...
Si tu crois qu'un sourire est plus puissant qu'une arme
Et qu'une main offerte est plus forte que tout
Que ce qui unifie et rassemble les hommes
Est bien plus important que ce qui les divise".
Si, pour toi, la colère est faiblesse et non force,
Si tu crois qu'un pardon vaut mieux qu'une vengeance,
Que l'amour seul est fort qui domine la haine,
Et que la non-violence est l'arme de la paix..,
Alors, la paix viendra : Tu en es l'ouvrier !
L'unité se fera : Tu en es l'artisan ! ,
Et ton cœur chantera à l'unisson des hommes
Et ton cœur chantera à l'unisson de Dieu ..,

M. Vidil, du Groupe Théotime, spiritualité de saint Français de Sales


Eucharistie

La recommandation de Jésus: « Faites ceci en mémoire de moi » porte-t-elle sur l’acte symbolique du partage du pain et de la coupe, ou beaucoup plus fondamentalement sur la consécration de sa vie en référence aux autres, dans l’entraide, la justice et l’amour? S’agit-il de multiplier les célébrations liturgiques ou les gestes d’humanité, dans la vie quotidienne?

Alors que les trois synoptiques, Matthieu, Marc et Luc relatent le moment solennel du partage du pain et du vin à la dernière cène, Jean n’en fait pas mention, mais il décrit le lavement des pieds. Ce service de l’amour du prochain ne serait-il pas plus eucharistique encore que l’acte liturgique? Celui-ci ne prend d’ailleurs tout son sens que comme célébration de ce qui se vit dans le quotidien. La manière d’être de Jésus, telle qu’elle nous est décrite dans les Évangiles, incite à penser que son message porte avant tout sur la manière d’être dans la vie de tous les jours : « C’est à votre amour les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra comme mes disciples »

On perçoit de plus en plus que l’essentiel de l’être chrétien ne se situe pas dans des pratiques religieuses, mais dans la manière d’être au monde. Ceci ne diminue en rien l’importance des rencontres sacramentelles qui célèbrent dans l’action de grâce la présence de Dieu dans le quotidien, mettant davantage encore en lumière la densité de ce qui se vit au jour le jour. Les célébrations naissent en quelque sorte de la vie profane et y renvoient avec d’autant plus de ferveur et d’engagement. A l’instar des événements et des fêtes de famille qui n’ont de sens qu’en tant qu’expression plus explicite de ce qui anime la vie courante. Ainsi, les ministres de la vie chrétienne au quotidien, c’est chacun de nous dans sa manière d’être en famille, au travail, en société. C’est là que s ‘incarnent, dans le contexte d’aujourd’hui, les grands appels évangéliques.

Ce qui construit la communauté, ce qui tend à réaliser peu à peu, mais combien difficilement, un univers humain, ce sont nos attitudes et engagements de la vie quotidienne. Ce sont eux avant tout qui sont porteurs de la présence divine, inspirés par le souffle de son Esprit. Il en a été ainsi de la démarche et de l’enseignement de Jésus. Son message ultime, au cours de la dernière cène, concerne notre vie quotidienne. Et si des signes vivifiants nous sont indispensables, c’est pour soutenir et éclairer le lieu majeur du vécu chrétien qu’est le monde à construire dans la justice, la solidarité, la fraternité. Le service ou ministère de la célébration liturgique renvoie au ministère fondamental du quotidien, que chacun réalise dans le concret de ses engagements de vie.

Alors, les pratiques religieuses, les liturgies, les rites sacramentels peuvent s’insérer en cohérence avec le concret de l’existence, dont ils célèbrent la densité. Ainsi convergent pratiques religieuses, liturgies, rites sacramentels et vie quotidienne, s’éclairant et se vivifiant mutuellement. Les chrétiennes et chrétiens ont de plus en plus conscience de cette interférence étroite entre le profane et le sacré, entre le vécu de chaque instant et le message évangélique.

"Oser être chrétien" p  72-73


« Unanimes, ils rompaient le pain à domicile»

La vie de tous les jours amenant à découvrir la richesse et la fécondité de la collaboration entre hommes et femmes dans tous les secteurs de la vie, ces chrétiens ne peuvent plus concevoir qu'au nom de l'Évangile des séparations structurelles puissent encore s'imposer, que ce soit dans la gestion des sacrements ou la responsabilité des communautés et de l'Église dans son ensemble. Aussi, dans les communautés dont ils sont agents actifs, le partenariat étant total, les femmes sont impliquées à part entière dans l'organisation, l'animation des réunions, les célébrations communes.

Certes, des relents de « machisme» subsistent encore dans certains réflexes. Ce n'est que sur le terrain, dans le concret des rencontres, qu'on peut bien s'en rendre compte et qu'on arrive progressivement à les dépasser. C'est là aussi qu'on peut le mieux percevoir ce qu'apporte d'élargissement et d'enrichissement aux uns et aux autres, ainsi qu'à la communauté entière, le dépassement de toutes les ségrégations.

La distinction très tranchée entre prêtres et laïcs révèle d'autres blocages, tant la sphère du sacré a suscité de tabous et d'interdits. Ici le dépassement est souvent marqué de multiples obstacles dùs aux protestations d'incompétence, qu'on a abondamment entretenue chez les laïcs, aux résistances de prêtres farouchement agrippés à leur identité, et aux interdits soi -disant inhérents à l'approche du Transcendant.

Peu à peu, cependant, la vérité des actes sacramentels et la vitalité de la communauté, à travers d'intenses débats et une patiente maturation, amènent bien des communautés de base à dépasser toute distinction entre prêtres et laïcs dans les échanges, la prière et même la célébration eucharistique. La recommandation de Jésus: « Faites ceci en mémoire de moi» nous retrouve tous à l'unisson, sur pied d'égalité, unis en tant que fidèles dans une même adhésion, au-delà des distinctions et séparations qui se sont progressivement durcies et figées au cours de siècles. Ne lit-on pas dans les Actes des Apôtres, à propos des premières communautés chrétiennes: « Unanimes... ils rompaient le pain à domicile... Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut» (A.A. 2, 4647).

Dans ces communautés est dépassée depuis longtemps toute mise à l'écart, même partielle, des divorcés remariés ou toute ségrégation en fonction de la conduite personnelle, dont on n'a pas à juger. On se retrouve ensemble, en toute égalité, en tant que fidèles, attentifs à la vie et au message de Jésus de Nazareth.

Bien au delà de toutes distinctions de service et de ministère, c'est notre foi au Christ Jésus qui nous réunit tous sur pied d'égalité. La distinction clerc-laïc est seconde, le service rendu à quelque niveau que ce soit ne fait pas sortir de la condition commune. Ce qui est essentiel et vital, et que la diversité des charismes et services ne vient pas modifier, c'est notre adhésion à la Bonne Nouvelle de Jésus. Aussi est-ce le terme «fidèles» retrouvé dans son sens premier, c'est à dire animés d'une même foi, d'une même adhésion, qui me parait exprimer le plus adéquatement notre appartenance commune.

« et si j’étais nommé évêque » pp. 21-23


Eucharistie en famille

« Il est urgent de redécouvrir et de valoriser les liturgies domestiques.  C'est dans les maisons particulières que se réunissaient les premières communautés chrétiennes, sans autre impulsion ou mandat que d'avoir commencé à prendre conscience de l'étonnante Bonne Nouvelle apportée par Jésus de Nazareth, impressionnés par ce message bouleversant, qui se situait dans le longue histoire de peuple en marche, tout en leur apportant une nouvelle dimension d'ouverture sur le monde entier, pour en creuser le sens.  C'est tout naturellement qu'ils partageaient le pain et la coupe de vin, suivant la recommandation de Jésus : "Faites cela en mémoire de moi".  Geste symbolique qui n'avait de sens pour eux, comme pour nous, qu'en relation avec les engagements concrets d'entraide et de solidarité avec tous, et en particulier avec les plus démunis.

Y a-t-il meilleure découverte du message évangélique pour les enfants, dès le jeune âge, que ces liturgies familiales présidées par les parents, telles qu'elles se célèbrent dans les familles juives ?  Que ce soit à l'occasion du Seder pascal, lors des grandes fêtes et même chaque sabbat.  L'enseignement religieux à l'école ou en paroisse ne peut remplacer cette découverte première au sein de la vie familiale

Trop de parents, ne se croyant pas capables de cette initiation devenue principalement doctrinale, se sont déchargés de la tâche si naturelle de  transmettre ainsi dans le déroulement du quotidien ce qui leur tient à coeur.  Quelle anomalie d'envoyer les enfants à des leçons de religion et de les faire participer à des pratiques religieuses que l'on ne vit pas en famille !  La religion est devenue objet d'enseignement avant d'être expérience de vie.  En créant des suppléances, les parents ont été dépossédés d'une tâche et d'un privilège qui leur est propre, en même temps que s'insinuait en eux l'idée qu'ils n'étaient pas aptes à parler de leur foi et que la religion était affaire de spécialistes. »

Pierre de Locht


Qui mange ma chair ... (Jean 6,51-58)

Vivre de la foi en Jésus-Christ est un chemin d'espérance ; c'est aussi constamment marcher sur une ligne de crête, où nous risquons de glisser assez vite d'un côté comme de l'autre. Soit vers un ritualisme et des bigoteries insensées, soit vers un spiritualisme et des dévotions peu nourrissantes. Heureusement qu'il y a l'évangile et particulièrement celui de saint Jean et son discours sur le pain de Vie. Car, en effet, si nous comprenons mal. ou si nous oublions cette parole de Jésus, «Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie», le christianisme bascule dans une religion de dévotions ou dans une simple morale religieuse et culpabilisante.

Je m'explique: le mot chair, dans la bouche de Jésus, ne veut pas du tout dire corps matériel, car pour un Juif, l'homme est pensé selon trois dimensions : le corps, qui fait de lui un ‘être matériel’, l'Esprit, qui fait de lui un ‘être spirituel’ - c'est-à-dire habité de l'Esprit de Dieu, et enfin la chair, qui exprime que l'homme est d'abord et avant tout un ‘être relation’. Alors, quand Jésus nous dit que nous devons manger sa chair et boire son sang, Jésus nous invite à vivre toutes nos relations humaines comme lui-même les a vécues avec Dieu son Père et avec tous nos frères et sœurs humains

Sans cette compréhension essentielle de cette parole du Christ, la communauté chrétienne se mue très vite en assemblée ritualiste et sacramentaliste qui conduit à la superstition ou vers une foi institutionaliste où la hiérarchie et le pouvoir deviennent omni-présents et omni-puissants. Et, croyez-moi, le danger est bien réel et bien fréquent.

Osons le dire bien haut, la présence réelle du Christ, le Christ vivant aujourd'hui, n'est pas dans les institutions de l'Église, ni dans les rites-sacrements avant tout, mais d'abord et de manière authentique dans la manière dont nous vivons et gérons nos relations humaines. La vie du Christ en nous trouve sa genèse, se développe en nous et s'épanouit en nous dans la façon dont nous entrons en relation avec tout être humain quel qu'il soit. « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples, dit Jésus, non pas parce que vous avez adhéré à mes idées, à mes pensées, à mon message, ni parce que vous pratiquez des rites, des sacrements, ni même parce que vous irez à la messe, mais à l'amour que vous aurez les uns pour les autres ».

C'est clair, nous voilà bien avertis et informés. Le cœur du christianisme ne se trouve pas dans les institutions et les structures de l'Église, ni dans la fréquentation obsessionnelle des sacrements, mais dans nos engagements, nos attitudes, et nos capacités, d'aimer, de nous donner et de pardonner. Ne pas vouloir comprendre cela prioritairement dans la foi, c'est laisser libre cours à toutes les déviations spirituelles et les perversions rituelles. Aussi, entrons dans le concret de nos vies. Les fautes contre la chair, ne sont pas les fragilités et pauvretés sexuelles et ce ne sont pas elles qui mettent le plus en danger la vie du Christ en nous; mais un regard méprisant à l'égard de quelqu'un, un jugement téméraire vis-à-vis de son frère, un désir d'écraser les autres ou de les éclabousser par nos avoirs, nos savoirs ou notre pouvoir, ça, ce sont vraiment les fautes contre la chair, la chair du Christ.

Gérard Bruyr


Je suis le pain vivant

 Si vous avez un dictionnaire étymologique, vous vous apercevrez facilement que notre mot français « communion » n’est pas la transcription du latin com-unio (union avec – et qui s’écrirait avec un seul M- ) mais de com-munus, qui signifie avoir une responsabilité commune. 

Nous voici donc dans une autre perspective, beaucoup plus dynamique, puisque le mot indique dès l’origine que la communion implique responsabilité, œuvre commune à faire.  Alors que tant de fois, nous n’avions qu’une responsabilité purement individualiste (communier pour me nourrir, pour m’apporter un réconfort) il s’agit de renverser la vapeur : je vais communier pour m’engager, avec tous les frères, au service de l’œuvre commune à laquelle le Christ nous invite : le salut du monde.

Communier, c’est prendre un engagement, se mobiliser, se mettre à l’œuvre, donc se faire serviteur.  

Léon Paillot ex homélie pour le 29 mai 2005


Vision de l'Eucharistie 

par G Fourez.

Avant d'entrer dans l'Eucharistie, il convient de réfléchir à ce qu'on ressent face à notre vécu, dans le contexte de nos choix, faire mémoire de tous nos engagements dans le monde, face au mal dans le monde. Puis la question se pose: qu'est ce que l'Eucharistie qu'on veut célébrer? Nous devons prendre conscience de ce que dans l'Eucharistie on célèbre quelque chose de très semblable à ce qu'on avait vécu dans nos engagements, dans nos choix.

En effet, quel est l'évènement fondateur de l'Eucharistie?

C'est l' histoire de Jésus, qui face au monde où il se trouvait, a pris un certain nombre de décisions: devant certains faits, il fait une analyse et il fait des choix: il a dit des choses à propos des riches face au Royaume, face aux pharisiens, aux prostituées, Zachée etc... Cela le met dans une situation telle qu'il se fait des amis, mais aussi des ennemis; choix après choix, il prend ses positions: Jésus devient un homme "particulier". C'est "là" qu'il choisit d'être, et il "y" est de plus en plus impliqué. Il a fait ses choix de solidarité, et il se fait des ennemis, mais pas par plaisir, mais par fidélité à ses choix de solidarité.

Revenir en arrière? ce n'est pas possible sinon en abandonnant ses solidarités, et le jeudi saint, il en arrive à payer la note pour ses choix.

Dans le peuple on approchait de la fête de la Pâque: la fête du passage du Seigneur, la fête de la sortie de l'Égypte, de l'Exode.

Ce que Jésus vivait, il ne pouvait pas l'analyser comme son petit évènement à lui, mais lié à tout cette histoire, toute cette tradition dont parlait la P~que: c.à d. le passage de Dieu dans son peuple.

Il a donc envie de fêter cette Paque là avec ses disciples car il vit sa Pâque à lui, le passage à lui devant les décisions. C'est l'histoire du peuple qui lui permet de voir plus de sens à ce qu'il vit lui. Ce qui, pour lui, ne serait relu que comme l'histoire d'un agitateur qui rate plus ou moins, (car tout se retourne contre lui), vu dans la perspective d'un peuple qui avance, commence à prendre un autre sens.

En somme, pour nous, ce qui pourrait être réduit à un pur combat socio-politique dans notre vie, peut être relu comme le passage de Dieu dans nos vies, comme le lieu où le combat de Dieu contre le mal est présent.

Pour Jésus, la tentation de réduire cela à un fait profane, échoue devant cette tradition de célébrer la Pâque. Et Jésus a envie de célébrer l'Eucharistie - la Pâque - avec ses amis car il se rend compte que lui aussi va vivre son passage, que lui aussi est amené à mettre sa vie sur la table.

Comme le symbolise tous nos choix de solidarité, cette Pâque est revêtue d'un aspect très conflictuel: l'Eucharistie est le lieu où il y a un conflit et où quelqu'un donne sa vie dans ce conflit. A ce niveau là l'Eucharistie n'est pas seulement un repas d'amis qui célèbrent Dieu parmi eux, mais c'est en plus la célébration de ce que, face au mal dans le monde, on y perd sa vie - Jésus y perd sa vie. Les diverses façons de passer de Dieu dans son peuple me permet de voir du sens dans le passage de Dieu aujourd'hui dans ma vie.

A un moment donné, le jeudi saint, face à cet univers de plus en plus bouché par cette inconnue liée au lieu où il se trouve dans ses choix, de nouveau il fait confiance à Dieu. Il dit la prière de bénédiction (une prière de confiance), il prend le pain, le rompt le donne à ses amis en disant: "Voici ma vie pour vous."  Il symbolise cette confiance dans le don sachant qu'il va faire un pas vers l'avenir vers l'inconnu: dans ce mystère de confiance, il donne sa vie.

Pour les chrétiens, après Jésus, face à tous nos engagements dans le monde nous disons: "Voici ma vie pour vous", déposant nos vies pleines de tous ses choix socio-politiques, de vie intérieure, personnels ...

Une référence au monde, au global à ce niveau là est très importante: une célébration de l'Eucharistie devient un lieu où on célèbre notre vie en Christ - lieu dans lequel il n' y a pas une contemplation de Dieu, mais dans ce don et dans cette communion on découvre qu'on est en Dieu, un Dieu qui combat le mal dans notre histoire, donne sa vie en Jésus-Christ - ce Jésus qui a choisi sa particularité au point qu'il s'est fait tuer. C'est ce mémorial de la passion et de la mort du Christ qui est central, le mémorial de la vie d'un Dieu qui s'est fait tuer parce qu'il a risqué des choix.

Tout ceci me renvoie à l'existence, à cette question centrale: que veut dire pour moi "voici ma vie pour vous". "Faites ceci en mémoire de moi ! c.à d. vous aussi en vous souvenant de moi dites aussi: "voici ma vie dans les lieux qui sont les miens".


Hymne à l’Amour

 

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit.

Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science; quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien.

Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien

La charité est patiente, elle est bonne; la charité n'est pas envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil;

elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal;

elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité;

elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.

La charité ne passera jamais. S'agit-il des prophéties, elles prendront fin; des langues, elles cesseront; de la science, elle aura son terme.

Car nous ne connaissons qu'en partie, et nous ne prophétisons qu'en partie;

or, quand sera venu ce qui est parfait, ce qui est partiel prendra fin.

Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu homme, j'ai laissé là ce qui était de l'enfant.

Maintenant nous voyons dans un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu.

Maintenant ces trois choses demeurent: la foi, l'espérance, la charité; mais la plus grande des trois c'est la charité.