Pour les préparations des messes :

Le revue "Feu Nouveau est une mine à exploiter.

Version éléctronique : http://www.feunouveau.eu 

Autres sources : http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/ 

                    http://leon.paillot.pagesperso-orange.fr/sommaire.html         

 

Devenir "Lecteur"

Lire la Parole de Dieu

Bien lire un texte, c'est traduire pour les autres le sentiment et la pensée de l'auteur : c'est donner au texte sa chance d'exister totalement.

Le lecteur ne transmet pas seulement un texte mais son rapport personnel au texte. ce rapport passe par une préparation-compréhension du texte qu'il lit ainsi que par une attitude corporelle et un ton qui expriment qu'il est le premier« écoutant» de ce qu'il proclame.

Le ministère de lecteur est un service d'assemblée. Que remplisse donc ce ministère celui qui peut l'assurer le mieux possible, qu'il soit homme, femme, garçon ou fille.

Il faut tout faire pour que le lecteur ne soit pas trouvé trois minutes avant la célébration. cette façon de procéder n'est, humainement, pas sérieuse et, chrétiennement, pas respectueuse de la Parole de Dieu.

La parole n'appartient à personne, elle ne peut être monopolisée. Affecter un lecteur particulier à chaque lecture, c'est souligner utilement la différence de chaque péricope biblique.

Attention, il ne faut pas appeler à ce ministère n'importe qui, sous prétexte que tout le monde sait lire. Tous n'ont pas les mêmes dons de lecteurs. Certains peuvent avoir un timbre de voix qui passe mal au micro, des faiblesses dans l'élocution, d'autres encore, une appréhension viscérale de parler en public, alors qu'ils peuvent rendre d'excellents services dans d'autres domaines liturgiques. Le lecteur prête sa voix à Dieu: il a donc l'obligation de faire l'effort de se former.

Le lecteur doit respecter scrupuleusement le genre littéraire du texte qu'il est appelé à proclamer devant l'assemblée. car la plus belle poésie peut être délavée si elle est lue comme une prose et la plus belle histoire perd son charme si elle est lue comme un poème. Une lamentation n'est pas un chant d'action de grâce, un miracle ne ressemble pas à une parabole, la Parole ne peut exprimer sa totale efficacité que si on lui garde le visage que l'esprit de Dieu lui a donné.

La Parole peut être défigurée lorsqu'elle est proclamée en la dramatisant à l'excès. Le vrai service que nous pouvons rendre à la Parole, c'est de la proclamer avec une transparente objectivité. Texte mal proclamé, Parole de Dieu défigurée.

Nombre de textes sont lus trop rapidement, parfois à la va-vite. Le texte retentit bien aux oreilles, mais le cœur n'a pas le temps d'en saisir le tourbillonnement. On gave les gens, mais on ne leur laisse pas le temps de « manger» la Parole, d'en goûter le miel. Dieu ne s'écoute pas en courant.

Le micro est un instrument, son usage relève de la technique. La lecture en public, elle aussi, requiert une certaine technique. La générosité, la sainteté même, ne sauraient la remplacer.

Quelques éléments de technique

Le Livre: Le désir d'avoir un beau lectionnaire correspond à l'importance que l'on veut donner à la Parole dans la célébration. La lecture se fait nécessairement dans le lectionnaire et non dans un petit missel ni dans le livret donné aux participants.

Tenue du lecteur: Que le lecteur ne quitte pas sa place avant la fin de ce qui précède. Par exemple après le AMEN de l'oraison ou la dernière reprise de l'antienne du psaume: le voir se déplacer calmement, par le chemin le plus normal, sans éviter la nef centrale et en faisant une brève inclinaison si on passe devant l'autel, prépare les auditeurs à bien l'écouter.

Arrivé à l'endroit de la lecture, le premier geste est de régler le micro (la bonne distance est de 20 à 50 cm de la bouche, à hauteur des épaules et dirigé vers le haut). Ensuite s'assurer qu'il est ouvert (sans tapoter dessus !).

Le second geste est pour le livre: s'assurer qu'il est bien placé et ouvert à la bonne page.
L'idéal est que ces gestes aient été faits avant la célébration excepté le réglage de la hauteur du micro qui dépend de chacun des lecteurs.

En troisième lieu, le lecteur se met en position de lecture: bien droit, épaules et poitrine redressées, bien planté sur les deux pieds légèrement écartés ( Oh.! 0h !), visage relevé pour que la voix porte, les mains posées sur le côté du livre ou du pupitre ou les doigts sur le rebord du lutrin.

Quand le lecteur est bien en place, il regarde calmement l'assemblée comme pour se présenter à elle et en prendre possession. Puis, quand le silence (paroles, bruit, remue-ménage) est absolu, il respire et proclame par cœur le titre de la lecture en regardant le dernier rang de l'assemblée de manière à l'englober entièrement. Ensuite il lit mais en ne relevant pas la tête (on ne joue pas à la «poule») car c'est Dieu qui parle par son intermédiaire, le lecteur ne fait que transmettre la Parole de Dieu il ne «parle» pas à l'assemblée. On peut cependant regarder l'assemblée entre deux paragraphes ou pour mettre une phrase en évidence.

S'il est prévu de dire à la fin de l'extrait «Parole du Seigneur» cela ne peut se faire qu'après une courte pause en relevant la tête et en regardant à nouveau jusqu'au dernier rang avant de le dire.

La respiration: Apprendre à respirer par le ventre, épaules vers l'arrière, cela évite le souffle court et la lecture hachée, saccadée, cela aide aussi à gérer le trac.

La voix: Chacun a une tonalité personnelle qui est sa voix naturelle et vraie (qu'on appelle le «médium») Autour de ce médium, la voix peut aller du grave à l'aigu, exprimant ainsi toute la gamme des sentiments humains. Ne pas changer sa voix mais apprendre à trouver la «voix» qui convient à tel ou tel texte liturgique et s'y tenir.

La projection : on appelle ainsi la distance à laquelle l'orateur envoie sa parole. La lecture en public réclame que l'on parle sur un ton plus élevé que celui de la conversation courante. Il faut parler en avant, c'est-à-dire ne pas garder le son de sa voix au fond de la gorge, mais, au contraire, la projeter au loin, en s'adressant à ceux qui sont le plus éloignés de l'auditoire.

Le ton: L'idéal est la sobriété dans la variété, trouver le ton juste entre le ton chantonnant qui rappelle les récitations des Fables de la Fontaine, le recto-tono des lectures au réfectoire dans certains monastères et le ton trop théâtral.  En fait on doit donc éviter les trop grands écarts en haut et en bas. Il s'agit plutôt de trouver un ton assez sobre quant aux variations mais très soutenu de l'intérieur. Rien n'est plus pénible ni générateur de tristesse qu'une chute vocale systématique en fin de phrase. Marquer plutôt la fin de phrase par une légère montée ou une descente à mi-chemin entre le ton de la lecture et la chute du point final car cela soutient l'attention, éveille à autre chose.

Si l'on doit faire parler des personnages différents, il est bon de changer de tonalité.

La vitesse: La plupart des lecteurs lisent beaucoup trop vite. Dans la lecture en public, la vitesse d'élocution est nettement plus lente que dans la conversation. Le lecteur commence à lire à la bonne vitesse quand il a l'impression d'être ridiculement lent. La vitesse varie légèrement selon la dimension de l'édifice dans lequel on lit (distance, volume, écho...) De plus, le son va plus vite que le sens. Il y a un temps de réverbération d'un son, on s'en aperçoit si on frappe dans les mains. Mais si l'on parle trop vite, on entend alors un mélange de sons et le texte devient incompréhensible. La sonorisation n'arrange pas tout, elle permet de combler les distances mais ne supprime pas l'espace dans lequel la parole résonne.

La vitesse varie également selon le genre littéraire du texte à lire.

L'articulation: La diction «musclée» se travaille comme une gymnastique. Toutes les consonnes sont à soigner: ce sont elles qui constituent l'armature du texte. Il faut s'efforcer de donner à chacune sa valeur (percutante, roulante, sifflante, chuintante). Les consonnes doubles doivent être effectivement doublées. Les voyelles donnent plutôt la couleur et le rythme vivant du texte.

Ne pas escamoter les « e » muets, soit dans le mot, soit à la fin du mot. Les liaisons, elles, se font de moins en moins mais il faut au moins lier les articles aux substantifs, les adjectifs aux substantifs, le verbe à la 3è personne du pluriel à la voyelle qui le suit.

Ne pas ajouter des E non plus !  On dit  «ChrisT» et non «Chri » ou «ChristE ».

Bien détacher les 2 L et les 2 R dans: « IL Leur dit» - « IL Le vit» - « IL LeuR Répondit ». l

Ne pas mettre l'accent tonique sur la première syllabe pour mettre un mot en évidence. Par exemple, ne pas dire: « ACCueillez ».

Le rvthme: Comme une phrase de musique, la phrase d'un texte possède un rythme que le lecteur doit rendre. Ce rythme concerne la façon dont va être organisée la succession des syllabes et des mots. Unir les mots qui doivent l'être: ne pas hacher le texte.

Respecter la syntaxe. La disposition du lectionnaire facilite la lecture par un découpage en paragraphes, des retraits dans le texte et un aller à la ligne après une virgule, un point virgule, un point, deux points. Pour bien rendre le rythme d'une phrase, il faut auparavant avoir déterminé les coupes et les pauses.

Coupures. pauses et suspensions: L'auditeur n'est pas un magnétophone qui enregistre, mais un esprit qui doit avoir le temps de ressentir, de réagir et de coordonner d'après ce qu'il entend. L'emplacement des coupures et des pauses est indiqué d'après le genre du texte (suivre en général la typographie du texte).

 - La pause est un arrêt qui est le bienvenu entre deux paragraphes, entre deux phrases dont le changement de sens doit être perçu, entre deux phrases dites par des personnages différents.

 - La coupure est plus brève, elle laisse supposer qu'il y a une suite, mais elle permet à la phrase de respirer, d'avoir du sens. On fait toujours une coupure avant un mot qui doit être mis en relief.

- Après  Et et MAIS : marquer un petit arrêt.  Idem après : IL DIT (suspense !)

- La suspension: c'est une sorte d'allongement de la syllabe qui va faire désirer la suite : «Ah !    si tu revenais. » Cela met un mot en évidence sans le marteler ni le marquer.

Toutes ces conditions de bonne lecture et de bonne préparation constituent les meilleures chances de vaincre ou du moins de diminuer le trac tout en permettant à la Parole de Dieu de toucher non seulement les oreilles mais également le cœur de chacun!

Bibliographie sommaire:

. CI. DUCHESNEAU, Transmettre la Parole - Guide du lecteur liturgique, éd. du Centurion 1981
. L. DEISS, Les ministères et les services dans la célébration liturgique, éd. du Levain
. M. SCOUIARNEC, Vivre... Croire... Célébrer, éd. ouvrières

Conseils de Madame A. LESAGE, Ateliers de la Parole