La foi de St-Julien

Croire, c’est écouter   <>  Croire, c’est rencontrer   <>   Croire, c’est s’engager  <>  Croire, c’est partager .  <>  Croire, c’est aimer   <>  Croire, c’est dire oui   <>  Conclusion   <>  Prière à Saint Julien

Conférence donnée par Gaston Lecleir


Introduction

Ceci n’est pas une biographie de Saint Julien. Il s’agit plutôt d’une réflexion sur notre propre foi, à partir des évènements de la vie de ce saint.

Saint Julien a connu une existence riche en bouleversements et en engagements divers. Il fut successivement professeur d’université, ermite, missionnaire, prédicateur de cathédrale, évêque. A cause de son engagement social, il fut appelé « le père des pauvres ». Grâce à ses nombreux contacts avec juifs et musulmans, il a été un précurseur en ouverture à d’autres religions.

Il est donc intéressant, pour enrichir notre vie chrétienne, de mieux comprendre les ressorts de la foi qui a transfiguré son existence quotidienne. Saint Julien interpelle ainsi les chercheurs d’infini de notre temps et nous pose quelques questions : qu’est-ce que croire aujourd’hui ? Quelle est la profondeur de notre foi, de notre prière, de nos engagements, de nos témoignages ? Quelles sont nos priorités ? Sommes-nous « compromis » avec l’Église pour améliorer ce monde où nous vivons ?…

Ces interrogations s’adressent en particulier aux chrétiens qui célèbrent le centenaire de la paroisse dont Saint Julien est le modèle et le patron.

Le 28 janvier 2006


Brève notice biographique

1128 Julien naît à Burgos, capitale de la Castille, au sein d’une famille aisée.

1142 Après l’enseignement primaire, il étudie pendant 11 ans à l’Université de Palencia où il devient docteur en théologie et philosophie.

1153 A 25 ans, Julien est nommé professeur à l’Université de Palencia . Il occupera cette fonction, avec grand succès, pendant 10 ans.

Il quitte volontairement l’enseignement pour devenir ermite dans une petite maison qu’il se construit à Burgos.

Il est ordonné prêtre.

Il entre dans la vie active et s’engage comme missionnaire du Christ. Il parcourt toute l’Espagne.

1192 L’Évêque de Tolède nomme Julien « archidiacre » de la cathédrale. Il y assure une prédication très remarquée.

1196 Sur proposition du roi Alphonse VIII, Julien est consacré évêque à Tolède, pour devenir le deuxième évêque du diocèse de Cuenca.

Après une dernière visite pastorale, il meurt le 28 janvier 1208.

1594 Julien est canonisé.

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I. Croire, c’est écouter


Écouter, par-delà le silence,
disponible et transparent.
Accueillir le Verbe
qui transfigure la connaissance
en nouvelle naissance…

 

Toute vie spirituelle naît du désir : le désir de Dieu de dialoguer avec ses créatures ; le désir de l’homme d’entendre la voix divine : « Dieu, c’est Toi mon Dieu ! Dès l’aube, je Te désire ; mon âme a soif de Toi ; ma chair languit après Toi, comme une terre desséchée… » (Ps 62,2 sqq). Depuis son enfance, Julien se sent attiré par le silence et la solitude qui, seuls, rendent possible une authentique écoute de Dieu.

Pendant ses études comme pendant ses dix années de professorat à l’université, il tient à se ménager de nombreux moments d’isolement pour mieux approfondir la Parole de Dieu. A 35 ans, il décide même de tout quitter pour mener une vie d’ermite plus propice à l’écoute de la volonté du Père. Plus tard, durant sa vie d’évêque, sollicité par mille et un soucis, il continue de se retirer régulièrement dans un endroit désert, au milieu des montagnes. Il appelle ces retraites : « les jours de mon lieu tranquille ».

Saint Julien donne ainsi une leçon aux hommes du XXIème siècle, abrutis par le bruit et les musiques violentes, emportés par la course de l’existence, stressés par les soucis familiaux, professionnels ou économiques. Heureux celui qui a le courage de tout quitter régulièrement pour rejoindre son « lieu tranquille ». Il y trouvera un nouvel équilibre dans le silence et le repos. Mais surtout, il y redeviendra disponible pour accueillir le Verbe de Vie. Et là, il pourra naître à une vie nouvelle, animée par le souffle de l’Esprit. « à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » (Jn 3,3)

Car il faut laisser à Dieu, le temps d’imprimer le visage de son Fils dans notre existence d’homme. Il doit pouvoir nous imprégner de son Esprit, de ses paroles, de ses gestes. Il peut ainsi faire naître, peu à peu, en nous, le visage de « l’homme nouveau ».

Les gens qui s’aiment, ici-bas, désirent se rencontrer longuement et fréquemment. Ils trouvent toujours le temps nécessaire pour dialoguer, partager, échanger, être ensemble. Et même leurs instants de silence en commun sont riches de complicités et d’attente.

Notre vie spirituelle, elle aussi, doit être animée par cette longue écoute de l’Autre, du Tout Autre qui veut modeler et façonner notre cœur et notre esprit. Un jour viendra où Il sera « tout en tous ».

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II. Croire, c’est rencontrer

Rencontrer le Père
qui se révèle en son Fils,
icône de son amour.
Rencontrer le Ressuscité,
le chemin vivant vers Dieu,
qui nous donne son souffle…

 

Peu à peu, la Parole, longuement écoutée et méditée, devient une personne, celle du Verbe incarné, Jésus ressuscité. Jésus se dévoile toujours à celui qui le cherche dans toute l’intensité de son désir.

Julien le rencontra, en particulier, durant son séjour en ermitage à Burgos. Il fit ainsi l’expérience éblouissante des premiers apôtres qui avaient demandé à Jésus où il demeurait : « Venez et vous verrez » leur répondit-il (Jn 1,39). En entrant dans l’intimité de la vie de Jésus, celui-ci révèle que sa vraie demeure est chez son Père. « Vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous » (Jn 14,20).

Rencontrer Jésus vivant, c’est entrer en communion avec son Père, vivre de sa vie, recevoir la lumière de l’Esprit : « L’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses » (Jn 14,26).

Inspiré par cet Esprit, Julien va se rendre totalement disponible au service du Christ. Pendant trois ans, il complète sa formation théologique par un long cheminement spirituel.

Au cours de ses études universitaires, Julien pensait déjà au sacerdoce. Comme professeur, il refusa de céder à l’esprit du monde et à ses sollicitations. Ses études de l’Écriture Sainte et ses connaissances théologiques trouvaient enfin leur aboutissement dans cette rencontre personnelle avec Jésus, le Vivant. Plus qu’une démarche intellectuelle, la foi devenait pour lui, une communion d’amour, un appel d’identification au Christ. Guidé par un vieux moine d’un monastère voisin, il se prépara ainsi au sacerdoce qu’il reçut à l’âge de 38 ans.

Devenu prêtre, Julien consacrera les premières années de son ministère aux plus petits, aux malades, aux pauvres, aux prisonniers.

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III. Croire, c’est s’engager


S’engager avec ses frères
pour construire un Royaume
de justice et de paix.
Être ensemble levain
d’un monde plus fraternel
et le sel qui donne goût…

Une étincelle peut embraser une forêt entière. Julien, saisi par l’amour du Christ, veut enflammer du même amour, le plus grand nombre de ses compatriotes. Pendant plus de vingt ans, il consacre sa vie à parcourir l’Espagne comme missionnaire de l’Évangile. Soutenu par son fidèle serviteur et ami, le prêtre Lesmes, il parcourt toutes les régions pour prêcher et convertir. Lui, l’ancien brillant professeur d’université, le spécialiste en dialectique, utilise tous ses talents pour convaincre et conduire à Jésus. Il essaie de réaliser le rêve de Celui-ci : « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12,49) Il voudrait bâtir avec Lui, ce royaume de justice et de paix, d’amour et de vérité.

Julien traverse les montagnes des Asturies et les terres de Navarre. En Aragon, il doit faire face aux Albigeois, en Andalousie, il combat les erreurs d’Averroès. Il connaît bien ce médecin et philosophe arabe dont il avait suivi les cours à Cordoue et qui avait élaboré une métaphysique à la lumière du Coran. Ses doctrines philosophiques inclinaient vers le matérialisme et le panthéisme.

Après la conversion des campagnes d’Extremadure et de Galice, il retourne en Castille. Là, grâce à sa connaissance du Coran, il pourra affronter les mahométans.

Julien connut ainsi tous les aléas d’une vie itinérante missionnaire : la pauvreté et la faim, les résistances et les oppositions, les fatigues et les doutes. Comme l’écrit avec enthousiasme son biographe : « Julien s’est transformé en chevalier itinérant du ciel, propulsé par la ferveur de son idéal à travers toute l’Espagne. »

Le dynamisme missionnaire de Saint Julien fut d’ailleurs souligné par les bulles de trois papes : Clément VIII, Paul V et Clément X.

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IV. Croire, c’est partager

Partager la foi
de tout un peuple,
la famille des enfants de Dieu ;
une foi vécue, communiquée
et célébrée ensemble
dans le Corps du Christ…

On ne peut pas croire tout seul ; chaque chrétien doit vivre sa foi en partageant celle des autres. Le Corps du Christ vit d’ailleurs par l’ensemble des membres différents qui le composent. Le temple de Dieu rayonne par l’unité des « pierres vivantes, […] édifiés en maison spirituelle » (1P 2,5) et cimentées par l’Esprit.

Julien va faire l’expérience concrète de la réalité de ce Corps du Christ. En effet, il est nommé par l’Évêque de Tolède, archidiacre de la cathédrale. Précédé par sa réputation, il attire des foules immenses grâce à sa prédication.

C’est ainsi que le roi de Castille, Alphonse VIII, le remarque et le propose comme Évêque de Cuenca. Cette ville fortifiée avait été reconquise en 1177 ; le roi en avait fait un siège épiscopal et le premier évêque de Cuenca venait de mourir. Julien, consacré évêque à Tolède, part à pied vers son diocèse où il pénètre de nuit pour éviter les honneurs.

A Cuenca, pendant douze ans, il instruit et évangélise les chrétiens, mais aussi les musulmans et les juifs. Il réforme le chapitre ainsi que le conclave lévitique qui prépare les vocations sacerdotales. Grâce à son attention aux plus défavorisés, le peuple l’appelle « le père des pauvres ». Dans la communauté de son diocèse, la foi est aussi vécue ensemble, communiquée comme la Bonne Nouvelle du Salut et célébrée par « la race élue, la communauté sacerdotale, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis pour proclamer ses hauts faits. » (1 P 2,9)

L’esprit d’ouverture de l’Évêque Julien aux autres religions se manifestait par des gestes concrets. C’est ainsi qu’il consacrait le vendredi à prêcher aux musulmans, le samedi aux juifs et le dimanche aux chrétiens. La description de la parole de Julien était assez extraordinaire : « éclair fugitif qui électrise, nuage de feu qui embrase et cascade d’éloquence qui débordait et envahissait l’âme de l’auditoire. »

Julien mourra à Cuenca, après avoir effectué une dernière visite pastorale à travers tout son diocèse.

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V. Croire, c’est aimer


Aimer comme Jésus
car l’amour des frères
est la foi en action :
il libère et met debout ;
il reconnaît Jésus
dans le visage des exclus.

 

Pour le chrétien, Dieu est tellement « Amour » qu’Il accepte que son Fils meurt sur une croix par amour pour les hommes. Croire en ce Dieu-Amour, transforme le croyant en une source d’amour. « Nous, nous aimons parce que Dieu, le premier, nous a aimés. » (1 Jn 4,19) Notre amour fraternel doit s’exprimer en actes concrets qui prolongent en quelque sorte l’Amour que Dieu manifeste en Jésus. Tous les gestes d’attention aux autres, de prévenance, de bonté, de charité, de tendresse, d’amour, traduisent aussi la vérité de notre foi : « n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité. » (1 Jn 3,18)

Julien nous en laisse un magnifique témoignage par la multitude de gestes fraternels qui transfigurent son existence. Pendant les années de sa présence à l’Université de Palencia, il confectionnait de ses mains des paniers en osier et en serge. Il les distribuait ensuite aux pauvres afin qu’ils puissent les revendre et assurer ainsi leur subsistance. Ensuite, durant sa vie de missionnaire, il continua cette activité et se préoccupa partout des plus démunis : les prisonniers dont il tenta de réformer le système pénitencier, les malades nécessiteux, les enfants abandonnés, les vieillards impotents.

Comme Évêque de Cuenca, Julien eut à lutter contre la peste et à soigner les pestiférés. Ensuite, il dût faire face à la famine due au manque de travail et de cultures. Pour Julien, la foi s’exprimait donc par des actes d’amour fraternel, un amour qui soutient, console, libère et met l’homme debout. Un amour qui reconnaît même le visage de Jésus dans tous les exclus.

S’il est vrai que toute société engendre ses pestiférés, l’Église sera toujours compromise avec les plus pauvres, les abandonnés, les délaissés, les rejetés : tous ceux dont les chrétiens se font proches. Heureusement que les bons samaritains se comptent par milliers !

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VI. Croire, c’est dire oui


Dire « oui » à l’Alliance,
dire oui à la vie,
ruisselante et bondissante,
la vie sans fin,
la vie éternelle,
la vie même de Dieu.

 

Chaque jour, nous disons un grand « oui » à la vie que Dieu nous offre. Car cette vie est le lieu et l’espace où peut se déployer l’alliance du divin et de l’humain. Dans le Christ, nous célébrons quotidiennement les noces d’amour de l’humanité avec son Dieu. Ainsi, la vie ruisselle en abondance sur terre comme le vin aux noces de Cana. Nous aimons tellement la vie que nous pouvons éterniser la beauté, la grandeur, la splendeur de la création : « Et vous, le soleil et la lune, bénissez le Seigneur. […] Vous tous, souffles et vents, le feu et la chaleur,[…] les nuits et les jours, bénissez le Seigneur. […] A Lui, haute gloire, louange éternelle. » (Dn 3, 57 sqq)

Une vie qui se termine à la mort, n’est pas une vraie vie. Il lui manque sa dimension d’éternité. Aussi, le croyant espère la vie éternelle et cette espérance est fondée sur sa foi en Jésus, mort et ressuscité. D’ailleurs, la dernière prière de Jésus indique cette volonté : « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi, avec moi. » (Jn 17,24)

Telle est l’espérance que nous rappelle Saint Julien dans l’accueil de sa propre mort. Sentant approcher la fin, il revêt les ornements pontificaux pour recevoir l’onction des malades et l’eucharistie. Il désire, en effet, que Jésus le trouve debout, à son poste, comme un fidèle serviteur qui attend la venue de son Maître. Puis, transfiguré par la lumière qu’il entrevoit, il s’agenouille devant son Dieu et meurt le 28 janvier 1208. Après quatre-vingts ans passés sur terre au service du Seigneur, cette rencontre est une fête d’allégresse : au même instant, toutes les cloches de Cuenca se mirent d’elles-mêmes à sonner joyeusement !

Notre propre « oui » à la vie englobe également cette tension entre vie et mort. Ici-bas, nous sommes déjà de plain-pied avec la vie éternelle puisque la foi en Jésus nous a fait entrer dans la connaissance de Dieu. Notre mort se fait alors passage, elle devient notre « Pâque », elle se désire comme une rencontre aimante avec ce Dieu que nous avons servi et aimé.

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Conclusion

La méditation de la vie de foi de Saint Julien, me pose quelques questions qui me permettent de tester ma propre vie spirituelle. Mes réponses unies à celles des autres chrétiens, pourraient établir un « baromètre spirituel » de la vie de ma communauté.

Suis-je toujours en recherche, habité par un désir authentique de Dieu ?
Quelle est la qualité de mon intimité avec Jésus ressuscité, suis-je « en Lui et Lui en moi » ?
Mes connaissances de la foi sont-elles aussi approfondies que mes connaissances profanes ?
Comment suis-je un témoin joyeux du Royaume de Dieu, dans ma famille, mon travail, mon quartier ?
Comment suis-je une « pierre vivante » du Temple de Dieu, un membre actif de ma communauté paroissiale ?
Quels sont mes « paniers de charité », mes engagements fraternels qui soutiennent les plus défavorisés ?
Quelle est la valeur de mon esprit d’ouverture aux autres religions : juifs, musulmans, …?
Suis-je assez souple pour m’adapter aux situations nouvelles et aux engagements successifs ou différents ?
L’espérance d’une résurrection totale (corps et création) anime-t-elle ma vie ?
Pour réaliser ce programme, quels sont les moments de silence dans mon « lieu tranquille », pour écouter la Parole ?

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Saint Julien,

Tu es un modèle de vie chrétienne.
Aide chacun de nous à se ménager
des « jours de lieu tranquille »,
ces espaces de silence
qui permettent d’écouter la Parole.

Fais-nous suivre Jésus
qui nous tourne vers le Père
et nous fait naître à sa vie.

Enseigne-nous ton éloquence pour convaincre,
tes gestes pour sauver,
ton amour du Royaume de Dieu.

Tu inventas les « paniers de charité » :
que notre amour fraternel
se traduise aussi en engagements concrets.

Enfin, transforme notre communauté
en foyer rayonnant et témoignant,
ouvert à l’ Esprit de louange
et au service du monde d’aujourd’hui.

Amen.                          


Enfant de la Paroisse Saint Julien à Auderghem, Gaston Lecleir y est né et y fut baptisé en 1928. C’est aussi dans cette église qu’il reçut la communion pour la première fois. Il y célébra sa « première messe » après son ordination sacerdotale en 1952. Il participa à l’animation de plusieurs communautés paroissiales à Bruxelles, a travaillé dans la pastorale familiale comme coresponsable de l’école du mariage et, dans le scoutisme, comme aumônier à la Route. Il a été doyen de Saint-Gilles à Bruxelles pendant 25 ans.

Membre coopérateur de la sabam, il a pris part à la création de plusieurs spectacles musicaux et à l’enregistrement de nombreux disques.

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