Être disciples


Le christianisme.

Le christianisme peut-il se réduire à ses formes religieuses et institutionnelles ? Le christianisme n'est pas d'abord une religion, avec des dogmes, des sacrements et un clergé ; c'est avant tout une spiritualité et une éthique transcendante à portée universelle.

Lorsqu'il s'est mué en religion officielle de l'Empire romain, le message du Christ a été largement perverti, mais, il va en partie renaître sous la forme d'un humanisme laïc à partir de la Renaissance. Le message évangélique imprègne bien plus qu'on ne le croit nos sociétés laïques et sécularisées et la voie spirituelle chrétienne redevient aujourd'hui en Occident davantage affaire d'individus touchés par la personne de Jésus et par sa parole que de dogmes ou de piété collective.

Il faut aujourd'hui refonder l'humanisme en dépassant les clivages qui opposent croyants et non croyants. Enracinés dans nos valeurs les plus fortes, nous serons mieux à même de dialoguer avec ceux qui, dans les autres aires de civilisation et à partir d'une autre histoire, ont ce même souci du respect de l'être humain.

Face au péril des fanatismes religieux et de leur vision totalitaire de la société, mais aussi du matérialisme consumériste déshumanisant, notre monde a besoin d'un nouvel élan humaniste qui réunisse tous ceux qui sont attachés à la dignité et à la liberté de la personne humaine.

Frédéric Lenoir (de son livre 'Le Christ Philosophe') 

Qui suis-je, qui est Dieu?

En ouvrant la Bible, je lis des chroniques qui nous sont rapportées comme des récits légendaires, ou même mythiques. Ils nous sont rapportés comme une sorte de réflexion sur l'être humain en relation avec les autres, en relation de couple, en relation avec Dieu et aussi sur l'être humain confronté aux difficultés que cause la vie relationnelle de tout un chacun. Bref, ce sont des histoires qui peuvent nous aider à réfléchir à notre propre manière d’être humains. Ces textes commencent par «Parole est que le monde soit et le monde fut», or la parole n'est-elle pas l'outil de la relation? Et le récit se poursuit en montrant comment Dieu procède: il sépare et met en relation, lumière - ténèbres, nuit - jour, terre - mer etc. Enfin il crée Adam, l'être humain et il le fit homme et femme; il vit que cela était bon! Nous pouvons donc constater que Dieu se présente comme «Le Relationnel» et puisque nous sommes créés selon son image et pour sa ressemblance: notre cible est donc de devenir des êtres relationnels.

Lors d'un partage d’Évangile

  Quand Dieu se présente.

Quand Dieu se nomme, il dit être le Dieu d’Abraham, d'Isaac, de Jacob – comme si Dieu ne pouvait être identifié que dans une relation avec l'un de nous. Il nous relie à lui, et ce lien ne peut pas mourir. Dieu est le Dieu de Marie-Christine, de Thierry, de ….
Prenons conscience que notre prénom fait partie du nom de Dieu ! Cette reliance, ce lien, c'est La Vie. Dieu n'est pas le Dieu des « vivotants » mais des « vivants » … Plus qu'une simple nuance !

Si nous disons que Dieu est le Dieu d’Abraham, d'Isaac, de Jacob c'est que ces derniers ne sont pas morts. Ils sont vivants dans le lien. Seule la Parole que je perçois dans l’Écriture me rappelle que si Dieu parle, c'est que ça ME parle et fait de moi un vivant dans cette relation originaire.

Dieu ne se nomme pas autrement que par le prénom qu'on nous a donné et qu'on a reçu comme un appel.

La relation est pour les humains fondamentale et essentielle : nous sommes des êtres relationnels.

Pécher

Le verbe hébreux qui exprime le péché est le même que celui qui désigne pour un archer le fait de rater sa cible. Pécher, c'est « rater », se rater : le péché est un échec. 
Ma cible ? La relation ! Vivre selon l'Image de Dieu et pour sa ressemblance, lui qui est Le Relationnel.

Le péché est erreur de l'homme, faute de sens, d’éthique dans sa vie d'homme vis-à-vis de lui-même ou d'autres hommes: raté d'une harmonie, d'une relation, par mépris, convoitise, haine de soi ou des autres. Le péché est en quelque sorte auto-destruction, refus de plénitude, manque à soi et à autrui. Le péché ne peut en aucune façon être compris comme une désobéissance à une loi !

Évitons le vocable péché et préférons lui erreur de jugement, erreur de comportement !
Réprouvons la culpabilisation à laquelle l'Église a trop souvent recours comme instrument de chantage. 

Pardonner

« Pécher» en grec, c'est rater son objectif, manquer son but. Chacun peut pécher contre son frère non en lui voulant volontairement du mal mais en ratant son but, en étant mauvais interlocuteur, piètre communicateur, en adoptant un comportement inadéquat, en devenant momentanément invivable. Tout cela peut affecter énormément la qualité de la relation à autrui.

En Matthieu 18, il est question de «REMETTRE» les offenses. Remettre en place, à sa juste place en trouvant la bonne distance, apprendre à se remettre en phase avec son conjoint, son frère. «REMETTRE» évoque aussi la remise de dette, ce dont il est question dans la parabole du débiteur impitoyable (Mt 18, 23-35). Le roi, dont parle la parabole, remet la dette à son serviteur alors que celui-ci refuse catégoriquement de la remettre à son compagnon. Jésus enseigne que Dieu ne peut pardonner à celui qui ne pardonne pas à son frère et que, pour demander le pardon de Dieu, il faut d'abord pardonner à son frère. Jésus insiste et pour nous empêcher d'oublier cette réalité, il nous la fait proclamer chaque jour dans le «Notre Père» (Mt 6,14). Le pardon n'est donc pas seulement une condition préalable à la vie nouvelle du Royaume mais il en est un des éléments essentiels. Jésus indique à Pierre qu'il faut pardonner indéfiniment et inlassablement.

Le pardon est remise de dette, reprise du dialogue, sans oubli du mal accompli, sans en minimiser l'importance mais il est remise sur pied, il remet debout, il fait renaître un relationnel juste. Il est signe que le mal qui crée une blessure peut être dépassé et ouvrir un nouveau chemin d'espérance. La pointe de cette parabole est de mettre en évidence que notre relation entre frères, entre conjoints est en lien étroit avec notre relation à Dieu. Le vrai pardon, tellement difficile, suppose un vrai dialogue où l'un souhaite et demande le pardon et où l'autre l'accorde et le donne du plus profond de son cœur. C'est croire que l'amour peut être plus fort. « Va, désormais ne pèche plus ». (Jean 8, 11 ; 5, 14). Dieu n'attend pas que NOUS CHANGIONS POUR NOUS PARDONNER mais IL NOUS PARDONNE POUR QUE NOUS CHANGIONS.

Le pardon apporte la paix, remet debout après la nuit et rétablit l’union, la relation.

Raymond Huysgens 

Qui est Dieu?

Il y a, dans la Somme de saint Thomas d’Aquin, une expression qui me plaît et qui, je crois, peut nous permettre d’entrer un peu plus dans le mystère divin. L’expression, la voici: «Dieu est relations subsistantes». L’appellation peut paraître abstraite et compliquée. En fait, elle est géniale: elle dit que ce qui fait que Dieu est Dieu, c’est la relation. Dieu n’est que relation. Le Père n’existe que par sa paternité la relation se confond avec l’existence. C’est par elle qu’il «subsiste». Il en est de même du Fils et de l’Esprit. Rien, dans le Père, le Fils et l’Esprit qui ne soit relation. Dieu est l’Unique, certes, mais pas au sens où l’entendent les fidèles de certaines religions: le voir comme un «solitaire», c’est une régression. Dieu n’est pas «solitude», mais «société».

Remarquez que, pour nous aussi, il en va de même. Et c’est peut-être en cela que nous sommes créés selon l’image du Dieu Trinité: nous n’existons que par et dans la relation. Ce que nous dit l’Écriture de Dieu nous révèle ce que nous sommes, et encore plus: ce que nous sommes appelés à devenir. Saint Paul nous le dit aujourd’hui comme il le disait aux Corinthiens: c’est parce que Dieu est relation d’amour et de paix que nous sommes invités à vivre entre nous dans l’amitié et la paix.

Léon Paillot (extrait d'une homélie) 

La mort pour un Sémite

Un mise au point à propos de la mort. Pour les Sémites, notamment pour les gens qui ont écrit la Bible, la mort ne signifie pas d’abord la mort physique.

Dans notre culture, la mort signifie la mort physique : le cœur ne bat plus, on ne respire plus, l’encéphalogramme est plat, l’homme est mort ! Nous avons une vision biologique de la vie en priorité.
Pour ceux qui ont écrit la Bible, ce qui est fondamental, ce n’est pas le côté biologique, c’est l’aspect relationnel de la vie. De la naissance à la mort, l’être humain est tissé de relations, même avant sa naissance puisqu’il est le fruit d’une relation, et la mort est perçue comme la fin de toutes relations. D’ailleurs c’est bien cela qui fait mal dans la mort, c’est la fin des relations qui, jusque là, suivaient leur cours.

A partir de là, tout ce qui menace ces relations dans lesquelles l’être humain peut s’épanouir, est mortifère ou va vers la mort. Ce qui empêche les relations fait mourir parce que cela empêche ce qui permet à la vie de s’épanouir.

André Wénin (extrait d'une conférence au CPMI) 

La résurrection de la chair

Le mot chair pour l’anthropologie de la bible ce n’est pas seulement l’enveloppe de l’humain, c’est toute la réalité d’un humain, c’est toute la conviction humaine sous le signe de la fragilité, de la vulnérabilité.

La résurrection de la chair dit qu’on ne sera jamais un cadavre, on ne deviendra jamais une chose, c’est la totalité de la personne humaine qui devient une sorte de réseau vivant. Croire en la résurrection de la chair c’est croire que nos corps ne sont pas seulement de la matière mais sont des lieux de passage, des lieux de transmission de la vie, des lieux de la relation. Nos corps sont des lieux très subtils de tendresse, de caresses, de soins à apporter les uns aux autres. Le corps peut faire passer la vie.

Croire en la résurrection de la chair c’est la croire pour Jésus ressuscité. Son corps ressuscité est un corps qui fait passer la vie et c’est croire cela pour chacune et chacun d’entre nous.

P. Collin, (retraite de Pentecôte) 

Le relationnel

Nous sommes créé selon l'image de Dieu et pour sa ressemblance.

Dieu est 'Le Relationnel', notre but, notre cible est donc de devenir nous aussi 'relationnel'. 
Comment et que faire pour y arriver?
Pour nous montrer comment nous devons nous comporter, pour y parvenir, Dieu nous a envoyé son Fils qui est le 'Verbe de Dieu'.
Dans une phrase le verbe indique l'agir du sujet. Jésus est donc pour nous manière d'être, d'agir, de penser pour nous permettre d'atteindre notre cible d'être humain, d'être en relation vraie, en vérité, avec moi-même et avec les autres. Il est pour nous 'Chemin, Vérité, Vie'

  Le corps, la chair

Pour les sémites, le mot 'corps' désigne le relationnel de la personne, et le mot 'chair' en désigne sa nature; quand donc Jésus nous incite à 'manger sa chair' ou encore, quand pendant son dernier repas avec ses disciple, il leur dit, en partageant du pain, «prenez et mangez, ceci est mon corps», il demande que ses disciples se 'nourrissent', 'vivent' et 'se comportent' selon sa mentalité, son style de vie dans toutes leurs relations. (Le pain est 'métaphore' de la manière d'être, du style de vie de Jésus). "Devenez ce que vous mangez" : en mangeant ce pain, en buvant ce vin - métaphores de l'être de Jésus - nous devenons "présence réelle".

Le corps est à la personne ce que les périphériques (modem, écran, imprimante, …) sont à l'ordinateur : ce qui lui permet d'être relationnel.

Lors d'un partage d’Évangile 

Métaphore

Du grec : transport,

Procédé par lequel on transporte la signification propre d'un mot à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une analogie, d'une comparaison sous-entendue.
Par exemple : Fleur de l'age – Lumière de l'esprit – pain de vie …
Ainsi lorsque Jésus donne du pain à ses apôtres en leur disant «ceci est mon corps», il les invite à faire leur sa manière d'être en relation avec Dieu, avec les autres : à vivre son relationnel, à adopter son style de vie, sa manière d'être. 'Devenons ce que nous mangeons'

Lors d'un partage d’Évangile 

Ceci est mon sang

Le sang est vital pour nous, sans lui c'est la mort !
Les sémites vont plus loin : le sang est le siège de la vie. Pour eux Dieu est le maître de la vie, elle lui appartient entièrement. Le sang ne peut donc pas être consommé, ce serait s'approprier en quelque sorte ce qui appartient à Dieu.
Avant d'envoyer un animal en boucherie, par respect de la vie, on lui 'ôte d'abord son sang' : c'est la signification de la prescription juive de ne manger de la viande que si elle est 'casher', que si on lui a préalablement 'ôté son sang, ôté sa vie, dans le respect'.
Lorsque Jésus nous invite à boire à la coupe de vin en disant 'ceci est mon sang', il nous invite à faire nôtre sa vie, sa vitalité, sa manière de vivre.
Dans la société juive, le sang servait aussi à sceller une alliance. On égorgeait un animal, et avec le sang qui coulait de l'autel on aspergeait la foule en signe d'alliance. Le sang de Jésus sur la croix est signe de l'alliance nouvelle et éternelle. «Ma vie nul ne la prend, c'est moi qui la donne.» Ainsi la mort devient vie éternelle !

Lors d'un partage d’Évangile

 Qui mange ma chair ... (Jean 6,51-58)

Il y a l'évangile et cette parole de Jésus, «Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie».
Je m'explique: le mot chair dans la bouche de Jésus, ne veut pas du tout dire organisme matériel, car pour un Juif, l'homme est pensé selon trois dimensions : l’organisme matériel, qui fait de lui un «être matériel», l'Esprit, qui fait de lui un «être spirituel» et enfin la chair qui exprime que l'homme est d'abord et avant tout un «être relation». Alors, quand Jésus nous dit que nous devons manger sa chair, Jésus nous invite à vivre toutes nos relations humaines comme lui-même les a vécues et avec Dieu son Père et avec tous nos frères et sœurs humains. 

Gérard Bruyr (dans une ses homélies)

  Prier

Ce qui est difficile aujourd'hui c'est de prier.
Il me semble que «prier», c'est surtout et avant tout se recueillir: rentrer en soi-même et essayer de rejoindre l'essentiel et se savoir habité par une présence exigeante: «on» veut quelque chose de moi, «chose» assez simple et assez exigeante, à savoir que je sorte de moi pour m'ouvrir davantage à tout ce qui m'entoure, à tous ceux qui m'entourent. Il y a comme une présence en moi qui m'appelle à être présent aux autres, à être relationnel.
On nous a tellement parlé, à propos de la messe par exemple, de ce qu'on appelait la présence réelle, mais la présence réelle, c'est être réellement présent aux autres et il n'y a pas d'autre communion.

 Jean Kamp : (Lettre du 3 août 2010)

  Présence réelle.

Osons le dire bien haut, la présence réelle du Christ, le Christ vivant aujourd'hui, n'est pas dans les institutions de l'Église, ni dans les rites-sacrements avant tout, mais d'abord et de manière authentique dans la manière dont nous vivons et gérons nos relations humaines. La vie du Christ en nous trouve sa genèse, se développe en nous et s'épanouit en nous dans la façon dont nous entrons en relation avec tout être humain quel qu'il soit. «On reconnaîtra que vous êtes mes disciples», dit Jésus, non pas parce que vous avez adhéré à mes idées, à mes pensées, à mon message, ni parce que vous pratiquez des rites, des sacrements, ni même parce que vous iriez à la messe, mais «à l'amour que vous aurez les uns pour les autres», dans le «relationnel», nos engagements, nos attitudes, et nos capacités d'aimer, de nous donner et de pardonner. 

Gérard Bruyr (homélie)  

Communion

Si vous avez un dictionnaire étymologique, vous vous apercevrez facilement que notre mot français «communion» n’est pas la transcription du latin com-unio (union avec – et qui s’écrirait avec un seul M- ) mais de com-munus, qui signifie avoir une responsabilité commune, être engagé ensemble.
Nous voici donc dans une autre perspective, beaucoup plus dynamique, puisque le mot indique dès l’origine que la communion implique responsabilité, œuvre commune à faire. Alors que tant de fois, nous n’avions qu’une responsabilité purement individualiste (communier pour me nourrir, pour m’apporter un réconfort) il s’agit de renverser la vapeur : je vais communier pour m’engager, avec tous les frères, au service de l’œuvre commune à laquelle le Christ nous invite : le salut du monde.
Communier, c’est prendre un engagement, se mobiliser, se mettre à l’œuvre, donc se faire serviteur.

Léon Paillot - homélie pour le 29 mai 2005 

Pratiquants – célébrants

Combien de fois n’entendons nous pas: «Je suis croyant mais pas pratiquant»!
Et à propos de ce «pratiquant», voici ce que le Père Etienne Amory nous a fait découvrir il y a déjà quelques années: il est utile de faire une différence entre «Pratiquants» et «Célébrants».
En effet, bon nombre de «croyants» et qui ne vont pas à la messe, continuent cependant à «pratiquer» les valeurs évangéliques dans leur vie de tous les jours. … Et par contre, bien des chrétiens qui sont assidus aux messes tous les dimanches, ne vivent pas nécessairement l’Évangile dans leur vie: ils ne sont donc pas « pratiquants » mais uniquement «Célébrants». 

Réflexion en catéchèse

  Pour libérer l’Évangile

Pour des catholiques contemporains qui ont découvert ce qu'est vraiment l'Évangile, l'image publique de leur Église est à cent lieues de ce qu'ils vivent. En même temps, le christianisme, religion de l'Occident qui a en partie colonisé la planète, se trouve aujourd'hui en concurrence avec les autres grandes religions universalistes, et quasiment stoppé dans son expansion, y compris dans sa branche la plus nombreuse, le catholicisme romain.

D'où la question : l'Évangile n'est-il pas prisonnier de son passé de chrétienté ? Est-il pensable de le débarrasser des formes stéréotypées prises par son langage officiel et par les institutions dont il s'est doté au cours des siècles ? Ou au moins de faire voir que, même dans des cadres strictement contrôlés, de larges marges de liberté existent pour la recherche, la créativité, l'invention de nouvelles formes d'expression et de pratiques ? Peut-on parler de Jésus de Nazareth d'une manière autre que les conciles des IVe et Ve siècles? Peut-on multiplier les pratiques démocratiques dans l'Église ? Peut-on cesser d'être culturellement décalé ?

L'enjeu, c'est la possibilité pour la «joyeuse nouvelle» qu'est l'Évangile de rejoindre vraiment «toutes les nations» auxquelles il est en principe destiné. À la limite, est-il pensable aujourd'hui d'être non seulement un juif chrétien (ce qui n'a rien de neuf), mais également un hindou chrétien, un bouddhiste chrétien, un musulman chrétien, voire même un agnostique chrétien ? Et ce message est-il, aujourd'hui encore, capable de transformer la vie des individus, et aussi d'influencer la marche des sociétés?

Peut-on libérer l’Évangile?

Paul Tihon (4e de couverture de son livre 'Pour Libérer l’Évangile') 

Foi, croyance et religion.

C'est une distinction qui m'est personnelle, qui ne met pas de véritable opposition entre ces trois termes, mais qui permet d'éviter bien des confusions.

La foi est l'assentiment donné aux points fondamentaux de la révélation chrétienne, ceux qui s'énoncent dans le Symbole des Apôtres, et l'engagement à vivre selon l'esprit de l’Évangile ;(...) c'est l'acte de se confier au Christ et de suivre la voie salutaire qu'il a tracée.

La croyance est faite, au contraire, de multiples dogmes et doctrines - d'autorité et d'importance très variables -, ainsi de tout ce qui est enseigné par le catéchisme; elle engage moins directement la vie de chaque jour, elle est souvent léguée par la famille ou l'entourage sans être l'objet d'une conviction ferme et réfléchie, ou elle se laisse conduire par des choix subjectifs, irrationnels et contradictoires.

Quant à la religion qui est en principe la vie de la foi dans une communauté de croyants, elle impose avant tout des lois, des règles de morale, des pratiques cultuelles, alimentaires, pénitentielles, des dévotions, et elle risque, pour beaucoup, de se réduire à de telles pratiques auxquelles ils sont attachés par habitude sinon par superstition, alors même qu'ils ne savent plus très bien s'ils sont encore croyants.

Joseph Moing (de son livre 'Croire quand même')  

La foi d’un chrétien libre

La foi n'est pas un espace de liberté, en tant qu'elle est inscrite historiquement dans des énoncés impératifs, placée institutionnellement sous la coupe d'un magistère, et qu'elle se réduit pour beaucoup à des injonctions cultuelles - aller à la messe, à confesse.

Mais on parle alors de croyances, de pratiques et de religion, plus que de la foi au sens propre du mot. Car il n'y a rien de plus libre que la foi, prise en elle-même: elle est la réponse à l'appel de Jésus à le suivre, la confiance mise en Dieu comme en son Père, l'inventivité de la charité, l'espérance du Royaume.

Il faut apprendre à transformer, à changer, à comprendre et à vivre autrement la relation de la tradition au dogme, de la foi à l'Écriture, du peuple de Dieu à l'autorité, de la «religion en esprit et en vérité» au culte. Il faut surtout se transformer: ne pas oublier que la foi sera d'autant plus vivante qu'elle ne se dira pas seulement dans l'enclos du christianisme, mais au plein vent du monde, et d'autant plus libre qu'elle sera plus forte, mieux exercée.

J. Moingt (de son livre 'Croire quand même')

  Vouloir l'infini.

"Nous vivons du Décalogue, ou plutôt nous en mourons."

C'est le décalogue qui est resté la loi morale des chrétiens et non pas le Sermon sur la Montagne, les chrétiens sont encore dominés par la législation mosaïque. Ils ne sont pas passés à la révolution dont Jésus est la source.

Car en Jésus, il n'y a plus de morale, il y a une mystique, il y a un mariage d'amour qui assume toute la vie, qui la transfigure et qui vise à l'existence du don.

C'est pourquoi le péché ne s'inscrit pas au dehors dans un grand livre où sont tenus les comptes de notre conduite, mais il est au-dedans. Le bien, c'est nous en état de 'oui' nuptial ; le mal, c'est nous en état de 'non'.

La morale d'obligation est défunte, il ne faut pas la ressusciter ! Il y a une morale de libération infiniment plus exigeante qui demande tout, toujours, à chaque instant et partout, dans un engagement qui va jusqu'à la racine de l'être. Rien n'est plus exigeant mais rien n'est plus créateur; rien n'est plus libérateur.

Abbé Zündel, théologien suisse. 

Le décalogue et les béatitudes

En tant que chrétiens, en tant que couples engagés dans le sacrement du mariage, nous avons à vivre une merveilleuse pâque : passer des 'crustacés' aux 'vertébrés'. Les crustacés ont leur défense à l'extérieur (le décalogue), les vertébrés ont leur structure à l'intérieur (les béatitudes). Ils sont charpentés par une colonne vertébrale qui leur donne une assise et qui leur permet par ailleurs une grande souplesse.

Abbé Zündel, théologien suisse.  

La "Sagesse" du Christ

La Sagesse du Christ (désacralisation totale du monde au profit d'une seule sacralité : la conscience humaine) telle qu'elle est rapportée dans les Évangiles, apporte dans l'histoire humaine un bouleversement considérable, à tel point que ce message, beaucoup trop révolutionnaire, a été ensuite perverti et retourné par ceux qui avaient en charge de le transmettre.

Frédéric Lenoir 'Le Christ Philosophe'  

Le sacré chrétien : le Corps du Christ.

Il faudrait comprendre que le rite chrétien sacralise avant tout la relation aux autres; parce que l'espace sacré n'est pas le temple matériel. L'espace sacré, nous le lisons notamment dans saint Paul, c'est notre corps, notre corps individuel et c'est le corps social que nous formons les uns avec les autres. L'espace sacré, c'est celui que Paul appelle le «Corps du Christ». Et qu'est-ce que le corps du Christ ? Eh bien, c'est l'ensemble des chrétiens qui s'unissent les uns les autres, en vue de rayonner la fraternité autour d'eux. Donc des chrétiens rassemblés par l'amour, par le souvenir de Jésus.

Dans le récit de l'institution de l'eucharistie (1 Co Il) - qui est le sacrement par excellence - saint Paul nous apprend à respecter le Corps du Christ. 

Le commentaire traditionnel c'est de reconnaître que l'eucharistie est bien le corps du Christ, le corps individuel du Christ. Non, ce n'est pas du tout la pensée de Paul.

L'eucharistie nous apprend à respecter le Corps que nous formons quand nous nous rassemblons autour de Jésus. C'est cela le Corps du Christ qui se noue dans le souvenir de Jésus, son souvenir et son attente, le Christ attendu, le Christ à venir, c'est-à-dire tous ces hommes qui nous entourent, qui sont appelés eux aussi à entrer dans le Corps du Christ, à former avec nous une seule et même humanité.

C'est cela, la véritable compréhension du sacré chrétien. Jésus a donc sécularisé lui-même le sacré. Le sacré n'est pas le temple de pierre ; le sacré, c'est le Corps que forme la multitude des chrétiens rassemblés au nom de Jésus et qui apprennent à se conduire les uns envers les autres en frères, pour le faire également avec ceux qui ne sont pas là rassemblés présentement dans le Corps du Christ, qui sont cependant les enfants du même Père comme nous le sommes

J. Moingt  

Évangile

Ce mot résumant tout l'enseignement de Jésus et également celui des apôtres, on ne doit pas s’étonner qu'il soit impossible de le résumer en quelques brèves formules et qu'on ne peut tenter de le définir sans laisser de côte une grande partie de son contenu.

Notons cependant que le mot signifie «Bonne Nouvelle»: c'est essentiellement un message de joie et d’espérance, tourné vers le futur;- il veut dire que tout peut changer, que tout va changer car Dieu est au travail dans ce monde. Jésus a traduit son «Évangile» dans un autre mot semblable, celui de «Royaume de Dieu» qui signifie, d'une part, l'instauration par Dieu, toute proche dans la pensée de Jésus, d'un nouvel ordre de choses, d'un règne de justice de paix et de fraternité entre les hommes et d'autre part, la présence actuelle et agissante de ce règne à travers les paroles, faits et gestes de Jésus: guérison des malades, libération de l'emprise des mauvais esprits, consolation des petits, réconciliation entre les adversaires, pardon des offenses, assistance mutuelle, amour poussé jusqu'au sacrifice de soi.

Et en tout cela il n'est pas question de religion: attendant la venue de Dieu, Jésus ne laisse aux siens aucun code rituel, ni législatif, ni dogmatique, rien d'autre qu'un humanisme nouveau, une façon de vivre en relation les uns envers les autres qui découle directement de la Paternité universelle de Dieu. Pour tout le reste, il s'en remet à l'Esprit Saint, qui guidera les siens «vers la vérité tout entière» (Jn 16,13). L’Esprit Saint fonde l'Église sur Jésus, elle baptise en son nom, elle rassemble ses fidèles autour de la table eucharistique dans le souvenir, la présence et l'attente de Jésus. Ce que Jésus enseignait en termes de royaume de Dieu présent et à venir, l'Église naissante l'annonce en termes de résurrection universelle commencée en celle de Jésus, continuée dans l'Église comme en son propre corps et destinée à s'accomplir dans la totalité de l'univers.

Et saint Paul d'annoncer l'Évangile comme une «nouvelle création»: «Les temps anciens ont disparu, un monde nouveau est apparu. Tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a donné le ministère de la réconciliation» (2 Co 5,16-18). C'est pourquoi l'Église va au monde pour le rajeunir et le régénérer, elle lui adresse un message d'amitié, elle se met à son service pour le réconcilier avec lui-même, apaiser en lui toute haine, éteindre tout foyer de division.

Elle prend pour loi fondamentale le «commandement nouveau» qu'elle a reçu de Jésus: «Aimons-nous les uns les autres car l'amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu» (1 Jn 4,7). Elle vit d'amour pour le répandre autour d'elle en semence d'humanité nouvelle. De ce précepte de l'amour, Paul tire la loi organique de l'Église: «Il n'y a plus ni Juif et Grec, ni esclave et homme libre, ni masculin et féminin, car à vous tous vous n'êtes qu'un en Jésus Christ» (Ga 3,28); et l'Église se répand dans le monde païen en ferment d'une société ouverte qui abolit les cloisonnements et les exclusivismes des sociétés patriarcales.

Et l'apôtre Jacques lui-même, si attaché aux pratiques de la Loi, mais plein de l'esprit des prophètes, donne cette définition de la «religion» selon l'Évangile: «Visiter les orphelins et les veuves et se garder des impuretés du monde» (Je 1,27).

Ainsi l'Évangile se traduit en acte dès ses commencements, en acte de recréation de la société, d'humanisation, de régénération du monde.

Tel est l'Évangile dont nous avons à témoigner.

J. Moingt 

Témoigner de l’Évangile ?

- Quelle priorité ?
Dans l’Église tout va mal et on organise des années sacerdotales, on tente de restaurer le sacré, c'est du 'nombrilisme'.
Allons plutôt voir l’Église des premiers temps : « Allez … faites des disciples »

Donc 
L’Église ne doit pas se restaurer mais être missionnaire, la restauration arrivera par surcroît, l’Église doit se tourner vers le monde pour communiquer, parler avec lui , observer les signes du temps et tenir un langage susceptible d’être écouté et compris.

- Quel Évangile ?
L'Évangile qui est le lieu de la 'bonne nouvelle' également appelé 'Royaume de Dieu'.
Un Évangile qui se traduit en actes de re-création de la société, en humanisation du monde.

- Quel témoignage ?
Par des actes de fraternité, d’union , des messages d’amitié, d’espoir, de joie.

 De la 1ère lettre de St Paul au Corinthiens

Je peux bien maîtriser toutes les langues de la terre, mais sans l'amour mes paroles sont vaines.
Je peux bien être un des plus grands scientifiques, mais même le plus beau premier prix Nobel ne vaut rien sans l'amour.
Je peux partager tout ce que j'ai; je peux travailler jour et nuit pour autrui ; je peux bien être pieux et avoir la foi; sans l'amour je reste un zéro devant le Seigneur.
L'amour est patience, l'amour est bienveillance, l'amour n'est pas jalousie. Il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'importance, ne blesse pas, ne cherche pas son intérêt, ne tient aucun compte du mal, sa joie n'est pas l'injustice, c'est la vérité, l'amour couvre tout, il fait toute confiance, il espère tout, il supporte tout.
La monnaie d'hier est aujourd'hui sans valeur, les langues anciennes sont aujourd'hui oubliées. La science d'aujourd'hui est dépassée demain. Seuls demeurent la foi, l'espérance et l'amour, mais des trois : le plus grand et le plus beau: c'est l'amour.

L'amour ne passera jamais ! 

Que veut dire le salut ou être sauvé ?

Mais qu'est-ce que cela veut dire le salut ou être sauvé? La réponse se trouve dans un verset de l'Évangile de saint Jean. Nous devrions tous le connaître par cœur: «Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance » (Jean 10, 10). Oui, tous nous sommes appelés à l'abondance de la vie. Telle est notre espérance. Tel est le sens de notre destinée. S'il est vrai qu'en français, destin et destinée sont des synonymes, il n'en va pas de même en théologie ou le destin se subit et ou la destinée s'accomplit. Nous participons à l'accomplissement de notre destinée par les actes que nous posons. En ce sens, nous participons à notre salut. Être sauvé signifie ainsi s'accomplir, se réaliser, s'épanouir. Voilà le sens premier du salut.

Le second sens est que nous avons également à être sauvés de tout ce qui nous empêche de devenir nous-mêmes. Ce sens-ci est second, même si, au cours des siècles, c'est cette compréhension qui a dominé les débats. Il est donc essentiel de retrouver le sens premier du salut comme salut d'accomplissement.

La vie, c'est le salut promis par l'Évangile, l'abondance de la vie, à partir de ce que nous sommes, à partir de nos talents reçus, à partir des gestes de douceur que nous pouvons nous offrir les uns aux autres. Le Christ nous prend là ou nous sommes et nous invite à nous relever pour avancer sur le chemin de nos destinées. Alors, si nous croyons que la foi peut donner les couleurs à l'arc en ciel aussi belles que celles de l'arche d'alliance, nous pourrons vivre notre vie d'une manière toute différente et de manière beaucoup plus espérante. Mais cette foi qui est en nous, ce salut que Dieu veut nous offrir implique parfois une démarche personnelle, celle d'avoir à nous relever de certains de nos égarements.  Le salut passe aussi par cette dimension fondamentale qu'est le pardon.

Ph Cochinaux, o.p.

Le salut

'Sauver' le monde, le 'salut' n'est rien d'autre ni de plus que de 'travailler' à son humanisation en vivant selon l'éthique donnée par le Christ dans l'Évangile.

Visibilité

Il y a beaucoup de gens qui rêvent d'une Église catholique qui retrouverait sa visibilité pour avoir du poids sur la place publique et dans le marché des religions et nous préférons toujours un Dieu glorieux, à des années-lumière de la condition humaine. Au moins, là, il ne dérange pas. Il n'engage à rien.

... Par contre, s'il est caché dans le visage de misère de l'autre humain, alors, il m'affecte puisqu'il m'oblige à me décider: vais-je, oui ou non, faire face à la misère d'autrui? Vais-je oser sortir de mon narcissisme pour prendre soin de lui, le visiter comme un frère ?

Eh bien, toute la visibilité du Christ est désormais dans ces gestes élémentaires, à portée de main et de cœur, sans exigences héroïques. (Lire Mt. 25) Une simple visite, un vêtement, un verre d'eau, un morceau de pain, un salut à l'étranger, rien qui ne soit hors de portée de n'importe quel humain. … Nous rêvons d'un monde nouveau? Il est là, prêt à servir. …

C'est cela l'extraordinaire révélation du christianisme: Dieu se reconnaît uniquement dans le visage humain. Tous les autres chemins vont nous parler d'abord de la prière et de la méditation. Mais un seul moyen prévaut pour s'assurer qu'on est bien en relation avec Dieu, c'est en établissant de bonnes relations de proximité avec les autres, des relations de tendresse.

Propos de Dominique Collin

Notre transfiguration

* Raviver le feu intérieur qui est cache par l'accumulation de scories

* Reprendre conscience de l'accumulation de bien qui est en nous

* Se laisser transformer par le regard d'amour de Dieu qui est en nous.

* Nous serons illuminés, transfiguré de l'intérieur.

* C'est ainsi que notre lumière brillera à nouveau et sera témoignage de la vie de Dieu présente en nous.

Nous serons des témoins du Royaume – cad d’un monde Humain , envoyés pour l'annoncer à travers ce que nous sommes, car nous sommes plus que nous ne semblons être de prime abord !

Xavier